La Tour sombre

La Tour sombre, Stephen King
Éditions J’ai lu
Saga en huit tomes, publiés de 2006 à 2013

« L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le Pistolero le suivait… »  Ce Pistolero, c’est Roland de Gilead, dernier justicier et aventurier d’un monde qui a changé et dont il cherche à inverser la destruction programmée. Pour ce faire, il doit arracher au sorcier vêtu de noir les secrets qui le mèneront vers la Tour sombre, à la croisée de tous les temps et de tous les lieux. Roland surmontera-t-il les pièges diaboliques de cette créature ? A-t-il conscience que son destin est inscrit dans trois cartes d’un jeu de tarot bien particulier ? Le Pistolero devra faire le pari de le découvrir, et d’affronter la folie et la mort. Car il sait depuis le commencement que les voies de la Tour sombre sont impénétrables…

17/20

Les différents écrits de King, à titre individuel, ont un fort pouvoir d’attraction. Ils mettent en scène des personnages charismatiques, dans le cadre d’histoires inquiétantes et proposent souvent des réflexions intéressantes sur la nature humaine. Généralement, on se focalise sur les titres les plus connus de l’auteur, comme Le Fléau, Ça, ou encore Shining, tandis que d’autres sont occultés. La Tour sombre fait partie de ce groupe, restant souvent dans l’ombre des grands succès de l’auteur, alors qu’il s’agit paradoxalement de l’œuvre la plus massive de King et ayant la plus forte résonance. C’est un peu comme dans La Lettre volée d’Edgar Allan Poe : c’est souvent les choses les plus évidentes que l’on ne voit pas. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer. Peut-être que les huit volumes qui la composent paraissent intimidants ; peut-être que les personnages ne semblent pas assez charismatiques, ou alors le cycle est trop différent du reste de la bibliographie.

Pourtant, La Tour sombre est l’œuvre d’une vie. Le travail d’écriture a commencé dans les années 70, et le premier tome, « Le Pistolero », a été publié en 1982 dans les pays anglophones. Le volume conclusif et éponyme est paru en 2004, même si nous avons eu un bonus en 2012 avec « La Clé des vents » . L’œuvre met en scène un pistolero nommé Roland Deschain. Errant depuis de nombreuses années, celui-ci est en quête de la Tour sombre, un édifice qui est le point névralgique d’un monde qui se disloque et menace d’être anéanti.

Cet univers est le fruit d’influences multiples. Les westerns, bien sûr, mais aussi la légende arthurienne, Le Seigneur des Anneaux, la science-fiction, la peinture, la poésie, etc., ce qui aboutit à un mélange singulier et qui peut paraître indigeste. Il n’en est rien, en partie grâce à la narration progressive du tome 1, qui est assez cadré et succinct. On y voit Roland poursuivre son ennemi de toujours, l’homme en noir, et des questions émergent déjà : pourquoi le pistolero le déteste-t-il ? Quelle est l’origine du cataclysme qui a frappé l’Entre-Deux-Mondes ? À quels sacrifices Roland sera-t-il prêt à consentir pour aller au bout de sa quête ? Néanmoins, le début des aventures de notre héros est assez abrupt et n’est peut-être pas assez explicite et représentatif de la richesse des romans suivants. Atteindre la Tour se mérite.

Et quelle suite ! Les tomes 2 et 3 content la constitution du groupe (ka-tet) de Roland. Ce dernier va s’ouvrir aux autres et on va comprendre davantage les tenants et aboutissants de sa mission. Cependant, même si le troisième volume se conclut en tension maximale, l’un des meilleurs moments de la série est sans conteste le numéro quatre, « Magie et Cristal ». Celui-ci est un flash-back de la jeunesse du pistolero, avec ses premiers combats et émois, et conclut, en quelque sorte, la première partie de la saga.

En effet, deux ans après sa parution, King a été victime d’un grave accident de la route qui aurait pu lui coûter la vie, et accessoirement empêcher l’achèvement de son œuvre. Cela l’a motivé à avancer plus vite et publier les volumes 5, 6 et 7 qu’on peut donc qualifier de second segment. La vie rattrapant la fiction, cet événement malheureux a eu un retentissement profond sur l’écriture. De nouveaux éléments ont été inclus, et au moins l’un d’eux est assez déstabilisant bien que logique, tandis que d’autres sont assez discutables, comme celui en rapport avec la personnalité de Susannah. Plus généralement, certaines confrontations attendues prennent une tournure surprenante, ou sont un peu expédiées (par exemple l’affrontement contre Eldred Jonas). Il y a également le parti pris de la scène finale…

Malgré tout, La Tour sombre est un véritable kaléidoscope des talents de l’auteur, tant au niveau des différents styles que de la galerie de personnages. Pour couronner le tout, la Tour se place non seulement au centre du monde de Roland, mais aussi de toute l’œuvre de King créant un multivers avec de multiples connexions entre ses écrits, allant de simples anecdotes jusqu’à l’intégration de personnages déjà connus. On retrouve notamment le père Callahan de Salem, le don du shining du roman éponyme, etc.

Sans conteste, cette saga est l’œuvre la plus ambitieuse de l’auteur, et la Tour, tel un phare, s’élève et apporte un éclairage complémentaire sur plus de 45 ans de carrière. Pour la découvrir, il suffit d’emprunter le sentier du rayon…

Roland, redressé sur son séant, avait sorti le cristal du sac. Il le tenait dans ses bras, éclat de magie obscurci […]. Il consentit à manger mais pas à dormir. Il consentit à boire aux cours d’eau qu’ils rencontrèrent chemin faisant, mais pas à parler. Et il ne consentit point à se séparer du fragment de l’Arc-en-Ciel de Maerlyn qu’ils ramenaient de Mejis, après l’avoir payé un prix aussi élevé. […] Comme Alain ne réussissait pas à obliger Roland à détacher ses mains du cristal, il posa les siennes sur les joues de son ami, faisant jouer le shining pour l’atteindre. Sauf qu’il n’y avait plus rien à atteindre, plus rien de présent. Ce qui chevauchait à leurs côtés, vers l’Ouest, vers Gilead, n’était ni Roland ni même le fantôme de Roland. Comme la lune une fois son cycle accompli, Roland s’en était allé.

14 réflexions sur “La Tour sombre

      • J’aime beaucoup Stephen King ^^ Mais j’ai certains livre dans ma PAL comme « Ça » ou « Salem », « Brume » et je n’arrive pas à me décider à les lire parce que j’ai peur d’avoir du mal à m’endormir le soir lol Mais il va bien falloir que je les lise un jour quand même ^^

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  1. Je n’ai lu qu’un seul livre de Stephen King à savoir Les yeux du dragon et j’avais beaucoup aimé.
    Les autres livres de l’auteur me font un peu peur mais cette saga pourrait me plaire. En plus, tu en parles très bien 🙂

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