Vox

Vox, Christina Dalcher
Éditions Nil, 432 pages, 2019

Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix…

18/20

Les États-Unis ne sont plus une démocratie. Les femmes y ont perdu une grande partie de leurs droits, dont celui de s’exprimer librement. Elles sont désormais affublées, dès leur plus jeune âge, d’un bracelet compte-mots, et gare aux conséquences si elles viennent à en prononcer plus de cent en l’espace d’une même journée. Elles ne peuvent plus exercer leur métier, et sont cantonnées à rester chez elles pour obéir à leur mari et s’occuper des tâches du quotidien.

Jean McClellan était jusqu’alors une docteure en neuroscience émérite. En effet, elle avait consacré une partie de ses recherches à l’aire du langage dans le cerveau. Mais désormais, elle doit gérer Sonia, sa fille en âge d’apprendre à lire et à écrire mais dont elle doit limiter au maximum le pouvoir d’expression, ses jumeaux, mais aussi Steve, son aîné qui semble vouloir rejoindre le Mouvement Pur, qui est dorénavant à la tête du gouvernement et à l’origine de toute cette altération que connaît la société, qui tend de plus en plus à exclure les femmes. Or, lorsque le frère du président fait une attaque, c’est le dirigeant des États-Unis lui-même qui demande de l’aide à Jean : grâce à son travail sur l’aphasie de Wernicke, elle pourrait le sauver. Mais Jean n’est pas prête à servir l’ennemi sans en tirer des bénéfices secondaires.

Vox est un livre particulièrement addictif. Véritable page-turner du fait de ses courts chapitres, le lecteur est envoûté par cette dystopie incroyablement vraisemblable. Il est ici question de politique, mais aussi de l’importance de la parole et du fait de communiquer. Car lorsque l’homme perd le pouvoir des mots, il renonce également à une partie de son humanité. Quant aux personnes qui tentent de manifester ou de résister, ils sont soit envoyés dans des camps, soit tués. Christina Dalcher nous montre la chance que l’on a de pouvoir vivre dans un pays où règne la liberté d’expression, mais insiste parallèlement sur sa fragilité. Et même si son résumé pourrait le laisser penser, Vox n’est aucunement un ouvrage féministe ; le fait de faire taire les femmes est ici un prétexte à l’intrigue.

Les protagonistes qui gravitent autour de Jean vont lui révéler le meilleur et le pire d’elle-même. Il y a tout d’abord Patrick, cet époux qu’elle n’aime plus et qu’elle déteste même par moments. Mais est-ce vraiment la faute de son mari, ou celle de cette société, qui a totalement bouleversé les relations homme-femme, la gent masculine étant considérée comme dominante ? Et son fils aîné, qu’elle a éduqué… comment peut-il approuver les nouvelles règles, qui promettent un futur de plus en plus sombre ? Quant à Sonia, quel avenir peut-elle espérer pour elle ? Mais il y a aussi Lin, son amie et collègue, ou encore Lorenzzo, le bel Italien qui fut son amant et qui fait toujours chavirer son cœur. Et n’oublions pas Jackie, son ancienne comparse d’université qui avait deviné la tournure des événements… Si Jean l’avait alors écoutée, cela aurait-il changé l’histoire ?

Vox est définitivement un livre à mettre entre toutes les mains. Outre un intense moment littéraire, il vous mènera à des réflexions intéressantes sur le pouvoir des mots, et vous donnera plus que jamais envie de vous exprimer !

À six ans, Sonia devrait déjà être à la tête d’une armée de dix mille lexèmes, des fantassins qui se rassembleraient, se mettraient au garde-à-vous et obéiraient aux ordres de son petit cerveau encore malléable. Devrait, si les trois piliers fondateurs de l’éducation, la lecture, l’écriture et l’arithmétique, n’avaient pas été réduits à un seul : le dernier. Après tout, on attend de ma fille qu’elle sache un jour tenir un foyer, faire des courses et qu’elle devienne une bonne épouse dévouée. Pour ça, il faut simplement savoir compter, pas besoin d’orthographe. Ni de littérature. Ni d’une voix.

25 réflexions sur “Vox

  1. Coucou ! Après ton commentaire, je viens visiter ton blog 🙂
    « A mettre entre toutes les mains » je suis entièrement d’accord ! Pour moi ce livre est féministe au sens de humaniste, il nous fait réfléchir sur l’importance de la parole, du combat de la liberté pour l’Homme. Un sujet ô combien important c’est sûr ! Mais j’ai été un peu déçue par le côté trop « dystopique » justement :/

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    • Coucou ! Je n’ai pas du tout été gênée par le côté dystopique. Au contraire j’ai trouvé que cela apportait un plus à l’histoire. En tous cas c’est un livre que je compte bien offrir et faire découvrir à mon entourage.

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  2. Hello !
    Je reviens par ici (c’est bizarre j’avais commenté ta première chronique mais mon commentaire n’est pas apparu 😭 Bizarre, bizarre. Ma connexion Internet me joue vraiment des tours en ce moment !)
    En tout cas, encore une super chronique ! Très complète et qui donne envie de découvrir le roman.
    Perso, il est dans ma Pal. Faut vraiment que je me lance !!!! Ton avis me conforte vraiment dans l’idée que cela va me plaire 😀

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  3. Coucou ! Merci d’être passée sur mon blog, je te remercie =)
    Je découvre le tien via cette chronique ultra prometteuse. J’espère que tu publieras souvent =)
    Vox est un roman qui me fait envie depuis quelque temps. Je trouve l’idée de base de l’intrigue super intéressante et originale ! 🙂

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    • Coucou,
      Je te remercie à mon tour pour tes encouragements. J’ai prévu une chronique par semaine, le dimanche à 10 heures. Le rendez-vous est pris ! Je te souhaite une bonne lecture pour quand tu découvriras ce roman !

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  4. J’ai trouvé ce livre vraiment bouleversant et il m’a beaucoup marqué ! le comportement du fils de Jean m’a fait m’interrogé car ses choix sont presque incompréhensibles vu l’éducation qu’il a eut ! très belle chronique 🙂

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  5. C’est bien la première fois que je lis que ce roman n’est pas un roman féministe.
    Pourtant c’est cette partie qui m’intéresse le plus dans ce livre mais aussi toute la critique de la société actuelle.
    En tout cas une chose est sure il faut que je me procure cet ouvrage.
    Bon dimanche

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