Sadie

Sadie, Courtney Summers
Éditions de La Martinière, 336 pages, 2019

Sadie, 19 ans, s’est volatilisée. Pour West McCray, journaliste à New York, il s’agit d’une banale disparition. Mais quand il découvre que sa petite sœur, Mattie, a été tuée un an auparavant et que sa mère a elle aussi disparu, sa curiosité est éveillée. West se lance alors à la recherche de Sadie et les témoignages qu’il recueille vont alimenter sa série de podcasts… Sadie, elle, n’a jamais pensé que son histoire deviendrait le sujet d’une chronique à succès. Elle ne désire qu’une chose : trouver l’homme qui a tué sa sœur. Qui est réellement cet homme ? Comment est-il entré dans la vie de Mattie ? Tandis que Sadie remonte la piste du tueur, West remonte celle de Sadie. Et se dessine, progressivement, la figure d’un homme – d’un monstre ! – qui pourrait bien frapper à nouveau… West retrouvera-t-il Sadie à temps ?

15/20

Sadie a disparu. Mais elle n’est pas la première femme de la famille à avoir déserté la caravane où elle vivait. En effet, voilà plusieurs années, sa mère, une toxicomane qui ramenait chez elles des hommes tous plus discutables les uns que les autres, est partie du jour au lendemain, laissant Sadie s’occuper seule de sa petite sœur Mattie. Puis c’est le corps de Mattie qui a été retrouvé il y a environ un an. Sadie décide de remonter la trace de celui qu’elle est certaine d’être l’assassin de sa sœur afin de la venger.

Ce roman est tout d’abord très original dans sa construction, et c’est entre autres ce qui m’a donné très envie de le découvrir. Il s’agit d’un récit à deux voix… mais le second narrateur est quelque peu particulier. En effet, nous allons suivre l’histoire du point de vue de Sadie, qui va partir à la recherche d’un des hommes qui a partagé la vie de sa mère, mais également à travers West, un journaliste qui a été appelé par une vieille femme habitant dans la caravane à côté de celle de Sadie et Mattie, et qui se considère comme leur grand-mère de cœur. Et c’est ici que résident le point fort et l’originalité du roman, puisque cette partie-là est présentée sous la forme de podcasts qui sont retranscrits. De plus, il y a un léger décalage temporel : la narration de Sadie est un peu plus en avant que les podcasts, ce qui apporte un vrai plus, car le lecteur se situe entre les deux : on en sait moins que Sadie, mais davantage plus que West. Si ce dernier n’était pas vraiment partant au début pour mener cette enquête, il va pleinement s’investir sur le parcours de Sadie, comme si elle était une de ses proches qu’il voulait sauver. Mais réussira-t-il ?

Par ailleurs, la force de l’auteure est qu’elle parvient à distiller son message sans le faire trop crûment. Au fur et à mesure que l’on avance dans le récit, et que les points de vue s’alternent, des indices sont dispersés et l’on découvre toute l’horreur dont il est réellement question. On éprouve alors un dégoût bien naturel et une envie de venir en aide à Sadie, regrettant qu’elle et sa sœur n’aient eu personne à qui se confier qui aurait été capable de les sortir de leur enfer. Certains passages sont d’ailleurs assez difficiles à lire et font froid dans le dos.

Sadie est un personnage particulièrement travaillé. Bègue, son handicap illustre parfaitement la fragilité de cette jeune femme. Déterminée, prête à aller jusqu’au bout de son projet de revanche, elle est avant tout animée par la force du désespoir, et sans doute une puissante colère envers sa mère, qui semble n’avoir jamais su l’aimer ni la protéger. Sadie, encore enfant, a d’ailleurs dû être la mère de sa petite sœur, avec laquelle elle n’a que six ans d’écart. Et désormais, Mattie est morte. Et maintenant que Sadie a tout perdu, que reste-t-il à part la haine et la vengeance ?

Sadie est un livre qui m’a choquée, mais qui m’a aussi beaucoup plu. J’ai été curieuse de connaître l’histoire présente et passée de Sadie au fur et à mesure de son cheminement. On découvre ses failles et ses fragilités, et si au départ elle me semblait trop virulente et violente, avec un côté un presque désagréable, petit à petit, j’ai appris à l’apprécier, et j’ai ressenti une certaine forme d’attendrissement à son égard. Je regrette simplement d’être restée sur ma faim, ayant un évident sentiment d’inachevé en refermant ce roman, car je n’ai pas eu toutes les réponses que j’attendais – j’ai décidément des difficultés à aimer les fins ouvertes, même si ce n’est que partiellement.

Je ne me fais aucune illusion sur le peu qu’il restera de moi une fois que j’aurai accompli cette mission. Mais imaginez ce que c’est que de se lever chaque jour en sachant que l’homme qui a tué votre sœur respire l’air qu’elle ne peut plus respirer, qu’il s’en remplit les poumons, qu’il en savoure la douceur. Imaginez-le capable de toucher de ses pieds la terre sous laquelle elle gît.

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