Là où vont nos pères

Là où vont nos pères, Shaun Tan
Éditions Dargaud, 128 pages, 2007

Pourquoi tant d’hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, un endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l’avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l’histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage…

Au début de cette bande dessinée, nous remarquons un père de famille en train de faire sa valise. Il est en effet contraint de quitte femme et enfant pour embarquer sur un grand paquebot et immigrer dans un autre pays. Un endroit où vivent des animaux bizarres, où l’on semble parler une langue que cet homme ne maîtrise pas… Un lieu très onirique que le lecteur va découvrir en même temps que ce monsieur. La particularité de cette bande dessinée ? Elle est totalement vierge du moindre mot.

Une fois cet album refermé, j’avoue que je suis assez désemparée et que je ne sais pas vraiment où va me mener cette chronique. Avant toute chose, j’ai décidé de ne pas attribuer de note à ce roman graphique, tant celui-ci était absolument différent de ce que j’ai l’habitude de lire. Un livre sans mot, qui pourtant en dit beaucoup… Plutôt étrange, non ? C’est cependant ce que j’ai éprouvé au long de ce récit, et encore davantage lorsque je l’ai eu terminé. C’était une expérience totalement inédite pour moi, et je sais qu’elle va me marquer pour longtemps.

Il n’y a pas de discours, mais il y a des visages, des expressions, des situations, des regards… Tout cela en dit finalement autant – si ce n’est plus – qu’une trame narrative accompagnée de phylactères. Nous ressentons le déchirement de cette famille contrainte de se séparer, mais aussi la peur, les difficultés de communication… Le tout est porté par un dessin absolument splendide, criant de vérité à tel point que l’on aurait presque l’impression par moments que l’on est face à des photographies. J’ai apprécié le choix des teintes sépia, qui donne un caractère assez intemporel à l’ensemble.

Cet ouvrage a un côté très visuel. On nous propose une succession d’images qui racontent une histoire, mais à nous de nous imaginer les détails. À nous d’inventer des réponses à toutes les questions que l’on se pose sur cet individu qui part, sur ces migrants sur le paquebot, sur les êtres humains qu’il va rencontrer une fois qu’il aura débarqué sur ce nouveau monde – qu’il s’agisse de la personne qui va lui louer une chambre ou encore de cette personne qui va lui offrir le couvert. Ce dernier, qui semble avoir connu de la guerre, va lui relater son histoire. Et n’oublions pas cet étrange animal qui va devenir son compagnon d’exil.

L’ouvrage est très onirique, poétique… On a parfois l’impression d’être dans un conte, avec un univers imaginaire totalement décalé, quelque peu kafkaïen, qui se transforme tantôt en cauchemar, avec notamment des ombres de dragons aux murs pour mettre la tourmente en exergue. Et ceci laisse encore davantage place à la créativité du lecteur. Est-ce une représentation de notre monde tel que le voit l’auteur, ou est-ce quelque chose d’entièrement fantasmagorique ? D’ailleurs, quelle est la part de personnel dans ce qu’il nous relate ? Sans qu’il ne nous ait jamais posé aucune question, on referme ce livre avec beaucoup d’interrogations en tête.

Alors que Là où vont nos pères est complètement vierge de la moindre lettre, son dessinateur et scénariste nous narre une histoire, nous amène à réfléchir sur l’univers né de son crayon, et nous marque indiscutablement pour longtemps. C’est une œuvre que je conseille à tous de découvrir, pour le fond comme pour la forme…

14 réflexions sur “Là où vont nos pères

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