Ce que tu as fait de moi

Ce que tu as fait de moi, Karine Giébel
Éditions Belfond, 552 pages, 2019

On se croit solide et fort, on se croit à l’abri. On suit un chemin jalonné de repères, pavé de souvenirs et de projets. On aperçoit bien le ravin sans fond qui borde notre route, mais on pourrait jurer que jamais on n’y tombera. Pourtant, il suffit d’un seul faux pas. Et c’est l’interminable chute. Aujourd’hui encore, je suis incapable d’expliquer ce qui est arrivé. Si seulement j’avais plongé seul…
Cette nuit, c’est le patron des Stups, le commandant Richard Ménainville, qui doit confesser son addiction et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant Laëtitia Graminsky ? Comment un coup de foudre a-t-il pu déclencher une telle tragédie ?
Si nous résistons à cette passion, elle nous achèvera l’un après l’autre, sans aucune pitié.
Interrogée au même moment dans la salle voisine, Laëtitia se livre. Elle dira tout de ce qu’elle a vécu avec cet homme. Leurs versions des faits seront-elles identiques ?
Si nous ne cédons pas à cette passion, elle fera de nous des ombres gelées d’effroi et de solitude. Si nous avons peur des flammes, nous succomberons à un hiver sans fin.

19/20

En ce 22 août, le lieutenant Laëtitia Graminsky vient tout juste d’être affectée à la brigade des Stups, dirigée par le commandant Richard Ménainville. À cause de la distance entre son lieu de travail et son domicile, elle a été contrainte de laisser son mari et sa fille, sachant qu’elle ne les verra que les week-ends où elle ne sera pas de service. Mais à la suite de l’arrivée de Laëtitia, un drame s’est passé aux Stups. Et ce drame tourne autour de cette dernière et de Richard. En effet, lorsque l’on ouvre le livre, ils sont entendus séparément par l’IGPN. Chacun va relater sa version de l’histoire, du premier jour jusqu’au moment qui les a conduits dans ces salles d’interrogatoire. Ils étaient loin, l’un comme l’autre, de se douter que ce 22 août briserait leurs existences et leurs familles à tout jamais…

Laëtitia n’a pas eu la vie facile. Devenue maman très jeune, elle élève sa fille avec Amaury, son époux. Elle a toujours rêvé de rejoindre les Stups, et voici que cela est en train de se réaliser. Richard Ménainville, quant à lui, est un père et un mari aimant, mais aussi un chef respecté et admiré. Malheureusement, Richard va tomber fou amoureux de cette femme dès qu’il va croiser son regard. Peu à peu, elle va devenir vitale pour lui, telle une drogue. Il ne va plus pouvoir se passer d’elle, quitte à torpiller son travail ou ses relations avec ses proches. Quant à elle, à la suite d’une faute réalisée lors d’une planque, elle décide de se rendre chez lui un soir pour lui demander de lui laisser une seconde chance – bien consciente qu’il est loin d’être indifférent à ses charmes, elle compte en user. Et là, première scène d’horreur qui ne peut que remplir d’effroi le lecteur. Laëtitia est tombée dans une spirale infernale, et Richard se rapproche de plus en plus des limites de la folie.

Chacun est tantôt victime tantôt bourreau, et parfois même sauveur. Ils vont toujours plus loin, perdant les notions de bien et de mal, ce qui fait de ce roman un ouvrage assez dérangeant. Pour autant, on est embarqués dans leur relation, avec une question en fond qui ne trouvera sa réponse que dans les dernières pages : quel terrible drame tout cela a-t-il pu engendrer pour qu’ils se retrouvent là, interrogés durant des heures et des heures ? Rondement mené, ce thriller ne ménage pas le lecteur, et lui fait parfois éprouver de l’empathie pour de véritables montres… Mais s’agit-il vraiment de monstres ? Oui, certains de leurs actes sont monstrueux, mais se définissent-ils uniquement par leurs comportements ? Les personnages se manipulent l’un l’autre en même temps que le lecteur se fait manipuler par cette brillante auteure.

Leurs histoires se répondent en écho tout au long de ces 550 pages, et on ne peut lâcher le roman tant la tension est intense. Évidemment, l’attirance qu’éprouve Richard pour Laëtitia a quelque chose de malsain. Bien entendu, il va beaucoup trop loin et ses agissements sont intolérables. Mais pour autant, à certains moments, j’ai ressenti de l’empathie pour cet homme qui a tout perdu, qui a pété les plombs, par amour pour une femme. Et si au début Laëtitia apparaît comme une oie blanche victime d’un haut gradé qui semble vouloir profiter de sa supériorité, on se rend vite compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Finalement, qui manipule qui ? Bien malin sera celui qui arrivera à dire qui est la victime et qui est le coupable dans cette relation.

Nous allons bien évidemment croiser plusieurs autres personnages au cours de ce roman, mais ce sont essentiellement nos deux narrateurs qui sont mis en avant. Racontant chacun leur histoire à un inspecteur, leur récit prend parfois des allures de confession, et le fait qu’ils se livrent ainsi, sans filtre, apporte un réel plus à l’intrigue.

Je n’ai pas vu passer ces 550 pages tant j’ai été absorbée par ma lecture du premier chapitre à l’épilogue. Et une fois le récit terminé, je suis restée quelques minutes avec le livre dans les mains en me disant : « Waouh ! Quel thriller ! » Je le referme béate d’admiration vis-à-vis du talent de Karine Giebel, qui m’a, avec Ce que tu as fait de moi, mis une grosse claque ! Un thriller que je ne suis pas près d’oublier, avec des personnages qui résonneront longtemps en moi. Soyez sûr qu’il figurera en bonne place dans ma bibliothèque et que j’ai désormais très envie de faire découvrir à mon entourage.

Il y a des secondes cruciales, capables de changer le cours d’une existence.
Le silence, d’abord, celui qui précède la catastrophe et annonce le cauchemar. Le silence, la stupeur… juste avant le déferlement que rien ne peut stopper, la vague qui emporte tout sur son passage.
Un tsunami.

11 réflexions sur “Ce que tu as fait de moi

  1. J’ai beaucoup entendu parler de cette autrice, pour ses thrillers notamment (même si je crois qu’elle écrit quasiment que ça…). Je suis contente que ce roman t’ait autant plu ! Je ne lis pas trop de thrillers mais en tout cas, si j’ai envie un jour, je tenterais peut-être cette autrice ^^

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  2. C’est une auteure que je connais de nom mais que je n’ai jamais découvert.
    J’avoue que ça me fait peur parce que je lis de très bons avis, comme le tien, et d’autres vraiment moyens.
    La rançon du succès je crois… Un jour, je plongerai dans un de ses romans, promis ♥

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