Doctor Sleep

Doctor Sleep, Stephen King
Éditions Hodder & Stoughton, 482 pages, 2013

On highways across America, a tribe of people called The True Knot travel in search of sustenance. They look harmless – mostly old, lots of polyester, and married to their Recreational Vehicles. But they live off the ‘steam’ that children with the ‘shining’ produce when they are slowly tortured to death.
Following a childhood haunted by the time he spent with his parents at the Overlook Hotel, Dan has been drifting for decades, desperate to shed his father’s legacy of despair, alcoholism, and violence. Finally, he settles in a New Hampshire town, an AA community that sustains him and a job at a nursing home where his remnant ‘shining’ power provides the crucial final comfort to the dying. Aided by a prescient cat, he becomes ‘Doctor Sleep.’
Then Dan meets the evanescent Abra Stone, and it is her spectacular gift, the brightest shining ever seen, that reignites Dan’s own demons and summons him to a battle for Abra’s soul and survival . . .

14/20

En 2013, Stephen King a pris le risque de donner une suite à The Shining, l’un de ses grands succès, paru en 1977. Entre la possibilité de décevoir ou d’apporter des réponses aux lecteurs qui lui demandaient ce qu’était devenu le jeune Danny, King a tranché en nous proposant cette suite intitulée Doctor Sleep.

Le début du roman est assez surprenant, non pas dans les faits qu’il relate, mais plutôt dans sa continuité directe avec The Shining. Cette reprise très naturelle de l’histoire là où elle s’était arrêtée pourrait presque nous faire douter des trente-six ans (!) qui se sont écoulés entre les deux volumes. C’est quelques pages plus loin que l’on rentre dans le vif en découvrant Danny adulte, ou plutôt Dan, et le choc est rude. Dans ce qui constitue une des meilleures scènes du roman, Dan s’éveille auprès de sa partenaire d’un soir, après une nuit faite de drogue, d’alcool et de violence. Fini le jeune garçon sensible et courageux de The Shining : Dan est un sale type et nous sommes aux premières loges de sa débâcle. Après une période d’errance digne de celle de Donald Callahan (Salem, La Tour Sombre), Dan atterrit dans la ville de Frazier, New Hampshire, et finit par rejoindre les Alcooliques anonymes pour se débarrasser de son addiction. En parallèle, une menace se dessine à travers le True Knot, et il faudra que Dan trouve la force de l’affronter malgré sa situation.

Le True Knot, ou Tribu du Nœud vrai par chez nous, constitue la première nouveauté introduite par King. Dirigées par Rose The Hat, ces créatures nomades sont en fait des vampires psychiques, évoquant un mélange entre le personnage de Dandelo (La Tour Sombre), et les antagonistes de Salem. Pour subsister, ils ont besoin de se nourrir de « steam », une sorte d’essence vitale que libèrent les êtres doués du don du shining avant de mourir.
Cela permet à King d’ajouter la seconde nouveauté majeure : Abra Stone. Cette dernière est une jeune fille disposant d’un shining phénoménal, ce qui va forcément attirer la convoitise du True Knot.
L’histoire se déroulant en triptyque pendant quelque temps, on a donc une véritable dissociation des récits, ce qui délimite les nouveaux éléments (Abra et le True Knot), des anciens (Dan et le background de The Shining). On va donc assister au nouveau départ de Dan en tant qu’aide-soignant, à la naissance d’Abra et aux méfaits du True Knot. Bien évidemment ces éléments vont se télescoper pour former le cœur du roman jusqu’à sa conclusion.

Le plus gênant est que c’est précisément avec les nouveaux éléments que le bât blesse. Certes, Abra et son entourage deviennent plus intéressants au fur et à mesure de l’intrigue, mais cela a du mal à décoller. Par exemple, King présente une nouvelle utilisation du shining par Abra en en faisant un rouage essentiel de l’intrigue. Bien que sympathique, c’est moins saisissant que les visions du jeune Danny dans The Shining.
Suscitant la curiosité au début, le True Knot déçoit un peu en bout de course. On voit bien la volonté de King d’apporter de la nuance en réduisant le manichéisme, afin de révéler leurs failles et leurs doutes. Cependant, ses membres ne sont pas suffisamment à la hauteur dans leur rôle d’opposants. On peut aussi changer de perspective et considérer leur besoin en steam comme une métaphore des ravages de l’addiction, à l’inverse de Dan et d’Abra qui représenteraient une lutte contre la dépendance.

En fait, Doctor Sleep ne brille jamais autant que lorsqu’il évoque Dan et le roman précédent.Il y a un certain focus sur la filiation, c’est-à-dire qu’au même titre que Dan est le fils de Jack Torrance, Doctor Sleep est bien la progéniture de The Shining. Il y a des ressemblances, ou plutôt des variations, comme le fils qui n’est jamais totalement similaire à son père. Des scènes revisitées comme celles de l’entretien d’embauche et du rendez-vous chez le médecin évoqueront des souvenirs aux lecteurs de The Shining, mais avec un désir de conjuration. Là où, en 1977, on assistait à une confrontation masculine (Jack/Danny), elle est féminine (Rose/Abra) en 2013. Idem pour l’horreur qui, globalement, cède le pas au fantastique.
Ainsi, le mot-clef de ce Doctor Sleep est sans doute « rédemption ». Observer Dan dans cette quête intime dans les hospices et chez les Alcooliques anonymes nous rappelle qu’un des talents de King est justement d’arriver à mettre le doigt sur les blessures profondes avec une grande justesse, et rien que pour cela Doctor Sleep vous fera passer, malgré des points perfectibles, un bon moment.

He had promised both his mother and himself that he would never drink like his father, but when he finally began, as a freshman in high school, it had been such a huge relief that he had – at first – only wished he’d started sooner. Morning hangovers were a thousand times better than nightmares all night long. All of which sort of led to a question: How much of his father’s son was he? In how many ways?

12 réflexions sur “Doctor Sleep

  1. @Perrine
    Sincèrement, Doctor Sleep n’est pas trop horreur/horrifique.

    @Marinette
    C’est exactement mon avis.

    @Satine
    Ici, on ne fustige personne ! Chacun ses goûts. King a quand même une bibliographie impressionnante. Si tu veux du vampire : Salem, de la science-fiction : les Tommyknockers, du post-apocalyptique : le Fléau, du policier : Mr Mercedes… Il y en a peut-être un qui peut te correspondre dans le lot.

    Merci pour vos commentaires.

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