Doctor Sleep (du livre au film)

Doctor Sleep, Mike Flanagan
Warner Bros, 2 h 32, 2019

Encore profondément marqué par le traumatisme qu’il a vécu, enfant, à l’Overlook Hotel, Dan Torrance a dû se battre pour tenter de trouver un semblant de sérénité. Mais quand il rencontre Abra, courageuse adolescente aux dons extrasensoriels, ses vieux démons resurgissent. Car la jeune fille, consciente que Dan a les mêmes pouvoirs qu’elle, a besoin de son aide : elle cherche à lutter contre la redoutable Rose Claque et sa tribu du Nœud Vrai qui se nourrissent des dons d’innocents comme elle pour conquérir l’immortalité. Formant une alliance inattendue, Dan et Abra s’engagent dans un combat sans merci contre Rose. Face à l’innocence de la jeune fille et à sa manière d’accepter son don, Dan n’a d’autre choix que de mobiliser ses propres pouvoirs, même s’il doit affronter ses peurs et réveiller les fantômes du passé…

14/20

L’adaptation cinématographique de Ça en 2017 a été un énorme succès. Cette performance a été un bon indicateur de la popularité de Stephen King et un rappel du potentiel de ses œuvres à être portées au grand écran. Voulant surfer sur cette performance commerciale, les studios ont tourné leur regard vers Doctor Sleep, le roman de 2013 qui fait suite à The Shining. Or, la situation était plus complexe que pour Ça, puisque The Shining avait déjà eu droit à une adaptation de Stanley Kubrick, par ailleurs détesté par Stephen King. Bref, cela ne s’apparentait pas au projet le plus facile.

Alors, qu’en est-il de cette adaptation de Doctor Sleep version Mike Flanagan ?

Les premières minutes sont rassurantes. En effet, on observe Danny en plein cauchemar, se remémorant ses balades en tricycle dans le sinistre Overlook Hotel. L’équipe de Mike Flanagan a reconstitué ce passage du film de Kubrick avec un grand soin et c’est assez bluffant. C’est un peu plus loin que l’on assiste à la fameuse scène de la gueule de bois de Doctor Sleep. Moins brute que dans le roman, elle nous permet de rencontrer Dan adulte, joué par Ewan McGregor (Star Wars I et III, Trainspotting), qui signe globalement une bonne performance.

Ce passage illustre aussi la fidélité de l’adaptation au roman pour environ deux tiers du film. Sans surprise, on retrouve d’autres instants familiers comme la séance de cinéma, l’anniversaire d’Abra, etc.

Cependant, face aux contraintes budgétaires et temporelles du média, plusieurs « tours de passe-passe » ont été opérés. Alors que Billy Freeman est un homme âgé présentant Casey Kingsley à Dan dans le roman, l’acteur du film est plus jeune et est un mélange de Billy et de Casey. Idem pour l’apparence d’Abra qui passe de blonde à métisse.

Ces différences touchent aussi le fonctionnement de l’intrigue, c’est-à-dire qu’un concept général est conservé, mais intervient d’une autre façon et/ou un autre moment (exemple : la technique du leurre). Ces modifications ne sont pas gênantes, car l’interprétation du réalisateur conserve souvent l’esprit du livre. Cela dure jusqu’à la première confrontation avec les créatures du True Knot. Celle-ci apporte plus de tension dramatique en modifiant le destin de certains personnages, ce qui faisait un peu défaut au livre.

D’ailleurs, là où Ça a tendance à se rapprocher des blockbusters hollywoodiens, Doctor Sleep s’en éloigne pour coller davantage au cinéma selon Kubrick, ce qui est vraiment appréciable. De fait, la photographie est soignée, mais l’ambiance sonore basée sur les cordes donne par moments un aspect suranné au rendu final. Le casting est plutôt bon avec Rebecca Ferguson qui s’est investie pour incarner Rose, mais reste à mon sens trop faible en tant qu’antagoniste principal.

C’est ensuite que l’on arrive au point névralgique. En effet, The Shining versions King et Kubrick présentent de nombreuses différences, en particulier au niveau de leurs fins et du destin de l’Overlook Hotel. Dans ce cas, quelle solution ? Respecter le média d’origine, c’est reconnaître son créateur, mais Doctor Sleep en tant que film pouvait-il se permettre de faire l’impasse sur l’œuvre de Kubrick ?

Face à ce dilemme, Mike Flanagan a réussi un tour de force en conciliant les deux, c’est-à-dire en revisitant la vision de Kubrick, tout en retournant à la source scénaristique de King. Le subterfuge est bien pensé pour le cinéphile (la scène du bar est assez incroyable), même si l’ensemble s’apparente un peu trop à un concentré de fan service.

En fait, c’est une fois arrivé à la conclusion que Flanagan nous donne une vision plus personnelle. Elle fonctionne, mais reste bien moins sensible que celle du roman, qui renvoie pourtant à un thème important pour la famille Torrance.

Face à la qualité variable des adaptations de King, on aurait pu s’attendre au pire. Pourtant, ce film s’en sort aussi bien que le roman lui-même. Mieux sur certains points (plus de tension dramatique, scène du bar), il est aussi moins bien sur d’autres (fin, origines d’Abra effleurées).

Moins clivant et marquant que The Shining version Kubrick, ce Doctor Sleep est un complément intéressant au livre de 2013.

L’homme prend un verre, le verre prend un verre, et le verre prend l’homme, pas vrai […] ?

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