Le Libraire de Cologne

Le Libraire de Cologne, Catherine Ganz-Muller
Éditions Scrinéo, 288 pages, 2020

Cologne, Allemagne. 1934.
Poussé à l’exil par les lois anti-juives, le libraire Alexander Mendel est obligé de s’exiler en France avec sa famille. Il confie sa Librairie à son jeune employé, Hans Schreiber.
Par fidélité à son mentor et par haine du régime nazi, Hans décide de se battre, malgré les menaces et les bombes, pour que la Librairie continue à vivre dans cette période tragique.

15/20

Hans Schreiber, habitant de Cologne, travaille à la librairie Mendel et projette d’épouser Liese, la fille d’Alexander, qui n’est autre que le propriétaire de cet établissement. Mais en 1934, alors qu’Hitler est chancelier et que les premiers autodafés ont eu lieu l’année précédente, certains juifs quittent l’Allemagne, craignant pour leur vie. C’est ce qu’est contrainte de faire la famille Mendel, qui se réfugie en France. Avant leur départ, Alexander confie sa boutique à Hans (qui possède une partie bibliothèque afin que les plus pauvres puissent aussi avoir accès à la littérature), qui n’a que vingt-deux ans. Bravant les dangers et la fureur des nazis, car il tient un commerce juif contenant des ouvrages considérés comme « indésirables », il va tout faire pour que la librairie Mendel survive à la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il va voir ses proches forcés de prendre la fuite ou être emprisonnés par la Gestapo…

Hans Schreiber est un protagoniste dont on ne peut qu’admirer le courage et l’abnégation. En effet, il est prêt à tout pour sauver la librairie malgré son handicap et la mort qui rôde dans les rues de Cologne. Nous allons redécouvrir la Seconde Guerre mondiale à travers ses yeux, ce qui est particulièrement intéressant puisque nous la revivons du côté allemand. À travers la littérature et sa volonté de laisser à tout un chacun l’accès au savoir, Hans résiste à l’oppression nazie. Sa passion pour les livres et sa soif de liberté transparaissent dans les pages de ce roman, même si, en cette période trouble, il doit se méfier de tout et de tous, comme nombre de ses concitoyens. J’ai été particulièrement touchée par l’épilogue qui nous révèle que ce récit est fortement inspiré de la réalité et que le personnage de Hans Schreiber n’est pas un héros fictif, tout comme celui d’Alexander. Outre Hans, divers individus sont mis en scène, et nous assistons ainsi à une représentation poignante de la ville de Cologne depuis les prémices jusqu’à la conclusion de la guerre. Et même si le chemin de notre libraire est jalonné de nombreux obstacles, une solidarité va s’organiser pour sauver cette boutique dont les ouvrages permettent de s’échapper de l’horreur du réel.

À travers ce roman, Catherine Ganz-Muller rétablit l’équilibre, nous rappelant que les Allemands aussi ont tenté de résister à la folie nazie. Il est par exemple question d’un des amis de Hans qui fait partie d’un groupe de jeunes luttant contre le régime hitlérien. On visite également un pan important de notre histoire d’une façon qui touchera particulièrement les amoureux des livres. Une chronologie en fin de livre nous remémore les événements clés de cette époque, et permet ainsi de situer chaque chapitre dans son contexte précis. Elle parvient à nous embarquer dans son récit et cette période, et l’on ne peut qu’être horrifié par ce qu’on lit, qu’il s’agisse de la répression orchestrée par le Führer et le régime allemand ou des bombes des pays opposants qui s’abattent sur la ville de Cologne.

Il me semble que ce roman est à mettre entre toutes les mains, car les thèmes abordés ne peuvent qu’intéresser tous les lecteurs : nul doute que chacun y trouvera son compte. Je déplore simplement que Le Libraire de Cologne fasse moins de trois cents pages. En effet, j’aurais souhaité que certains passages soient davantage décrits, que l’auteure approfondisse plus son intrigue. Cela s’explique peut-être du fait que c’est un ouvrage soi-disant destiné à un public plutôt jeunesse. Je trouve d’ailleurs cela fort dommage, car de nombreux adultes ne se tourneront sans doute pas vers ce roman qui pourrait pourtant les ravir. Je ne comprends pas pourquoi il est estampillé « jeunesse », puisque l’âge des héros mis en scène ainsi que l’intrigue ont totalement convaincu la lectrice adulte que je suis.

C’est ma façon de lutter contre le régime. Ils détruisent les livres, je les utilise comme arme de résistance. […] Tous les moyens sont bons pour résister ! 

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