Les Oubliés du dimanche

Les Oubliés du dimanche, Valérie Perrin
Éditions Albin Michel, 384 pages, 2015

Justine, vingt et un ans, aime les personnes âgées comme d’autres les contes. Hélène, presque cinq fois son âge, a toujours rêvé d’apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s’écoutent, se révèlent l’une à l’autre jusqu’au jour où un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite qui abrite leurs confidences et dévoile un terrible secret. Parce qu’on ne sait jamais rien de ceux que l’on connaît.

18/20

Justine travaille aux Hortensias, une maison de retraite, en tant qu’aide-soignante. Cette jeune femme orpheline qui a été élevée par ses grands-parents avec son cousin Jules, qu’elle considère comme son frère – ils ont tous les deux perdu leurs parents dans le même accident de voiture. Justine adore son métier : écouter les personnes âgées, c’est se faire raconter plein d’histoires. De plus, cela lui permet de mettre de l’argent de côté pour les études post-bac de Jules (mais ça, Jules n’en saura rien !). Aux Hortensias, Justine s’est liée d’amitié avec sa collègue Jo, mais surtout avec Hélène, une des pensionnaires. Hélène, dont le petit-fils a offert un cahier à Justine, en lui demandant de lui écrire l’histoire de sa grand-mère. Ce sont donc ces deux récits qui vont s’imbriquer dans Les Oubliés du dimanche.

Tout d’abord, Les Oubliés du dimanche… Pourquoi un tel titre ? Parce qu’un corbeau appelle ce jour-là les familles de ceux qui n’ont pas reçu la visite de leur entourage depuis quelque temps, en leur faisant croire que les pensionnaires en question sont décédés. Les proches viennent à la maison de retraite pour dire au revoir à ceux qu’ils pensent disparus, et les personnes âgées, bien vivantes, sont heureuses de les voir ; quant aux proches, ils sont généralement soulagés de les découvrir bien portants. Ceux qui étaient oubliés sont donc les rois de la fête le dimanche. Vous trouvez l’idée séduisante ? Alors, vous adorerez cette lecture !

Même si aucun protagoniste ne m’a laissée indifférente, j’ai particulièrement apprécié Justine. Profondément humaine, elle s’épanouit dans son travail qui lui permet de prendre soin des autres, et tout spécifiquement d’Hélène, avec qui elle a noué une relation si forte, qu’elle la considère comme un membre de sa propre famille. Bien qu’elle ait beaucoup de respect pour ses grands-parents et qu’elle n’ose pas leur parler très librement, elle parvient à s’affranchir et à s’exprimer clairement lorsque la situation l’impose. Ces derniers, qui semblent désormais cohabiter par habitude, sans aucun doute brisés par la disparition tragique de leurs deux fils. Et Justine, ce dont elle rêve, c’est trouver l’amour avec un grand A. Malheureusement, tout ce que la vie lui offre pour le moment, ce sont des nuits par-ci par-là avec un homme dont elle ne se rappelle pas même le prénom.

L’histoire qui pourrait faire rêver Justine serait par exemple celle d’Hélène et de Lucien. Lucien, qui ne l’a jamais épousée, mais qui lui a appris à lire et qui lui a donné tout son amour. Un couple que la Seconde Guerre mondiale va briser. Mais quand on aime au plus haut point quelqu’un, a-t-on besoin de le voir pour que perdurent les sentiments ? Et peut-on oublier quand on a aimé aussi fort ? Tous les deux, ils vont créer leur univers. Et au fur et à mesure qu’elle couche leur histoire sur papier, Justine va s’étonner puis rêver, vibrer et être profondément émue face à l’existence menée par cette vieille femme qu’elle considère comme son amie.

L’écriture très poétique et fluide de Valérie Perrin nous offre une narration qui maintient constamment notre attention, du fait de ces deux histoires alternées et des chapitres relativement courts qui permettent un dynamisme à l’ensemble. Les Oubliés du dimanche est un magnifique ouvrage qui vous embarquera totalement. Secret de famille, amour au sens large (qu’il soit conjugal, fraternel, familial ou amical), mensonges, plongée dans l’horreur de la guerre, trahisons, mais aussi espoir, scènes cocasses, confidences ou rêves… C’est un voyage au cœur de tout cela que vous invite l’auteure… et de bien davantage !

— […] Tu vois, c’est ça mon quotidien. Il faut écouter dans l’urgence parce que le silence n’est jamais loin.
— Putain, c’est glauque.
— Tu sais, je pique quand même des fous rires presque tous les jours. 

Ce que tu as fait de moi

Ce que tu as fait de moi, Karine Giébel
Éditions Belfond, 552 pages, 2019

On se croit solide et fort, on se croit à l’abri. On suit un chemin jalonné de repères, pavé de souvenirs et de projets. On aperçoit bien le ravin sans fond qui borde notre route, mais on pourrait jurer que jamais on n’y tombera. Pourtant, il suffit d’un seul faux pas. Et c’est l’interminable chute. Aujourd’hui encore, je suis incapable d’expliquer ce qui est arrivé. Si seulement j’avais plongé seul…
Cette nuit, c’est le patron des Stups, le commandant Richard Ménainville, qui doit confesser son addiction et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant Laëtitia Graminsky ? Comment un coup de foudre a-t-il pu déclencher une telle tragédie ?
Si nous résistons à cette passion, elle nous achèvera l’un après l’autre, sans aucune pitié.
Interrogée au même moment dans la salle voisine, Laëtitia se livre. Elle dira tout de ce qu’elle a vécu avec cet homme. Leurs versions des faits seront-elles identiques ?
Si nous ne cédons pas à cette passion, elle fera de nous des ombres gelées d’effroi et de solitude. Si nous avons peur des flammes, nous succomberons à un hiver sans fin.

19/20

En ce 22 août, le lieutenant Laëtitia Graminsky vient tout juste d’être affectée à la brigade des Stups, dirigée par le commandant Richard Ménainville. À cause de la distance entre son lieu de travail et son domicile, elle a été contrainte de laisser son mari et sa fille, sachant qu’elle ne les verra que les week-ends où elle ne sera pas de service. Mais à la suite de l’arrivée de Laëtitia, un drame s’est passé aux Stups. Et ce drame tourne autour de cette dernière et de Richard. En effet, lorsque l’on ouvre le livre, ils sont entendus séparément par l’IGPN. Chacun va relater sa version de l’histoire, du premier jour jusqu’au moment qui les a conduits dans ces salles d’interrogatoire. Ils étaient loin, l’un comme l’autre, de se douter que ce 22 août briserait leurs existences et leurs familles à tout jamais…

Laëtitia n’a pas eu la vie facile. Devenue maman très jeune, elle élève sa fille avec Amaury, son époux. Elle a toujours rêvé de rejoindre les Stups, et voici que cela est en train de se réaliser. Richard Ménainville, quant à lui, est un père et un mari aimant, mais aussi un chef respecté et admiré. Malheureusement, Richard va tomber fou amoureux de cette femme dès qu’il va croiser son regard. Peu à peu, elle va devenir vitale pour lui, telle une drogue. Il ne va plus pouvoir se passer d’elle, quitte à torpiller son travail ou ses relations avec ses proches. Quant à elle, à la suite d’une faute réalisée lors d’une planque, elle décide de se rendre chez lui un soir pour lui demander de lui laisser une seconde chance – bien consciente qu’il est loin d’être indifférent à ses charmes, elle compte en user. Et là, première scène d’horreur qui ne peut que remplir d’effroi le lecteur. Laëtitia est tombée dans une spirale infernale, et Richard se rapproche de plus en plus des limites de la folie.

Chacun est tantôt victime tantôt bourreau, et parfois même sauveur. Ils vont toujours plus loin, perdant les notions de bien et de mal, ce qui fait de ce roman un ouvrage assez dérangeant. Pour autant, on est embarqués dans leur relation, avec une question en fond qui ne trouvera sa réponse que dans les dernières pages : quel terrible drame tout cela a-t-il pu engendrer pour qu’ils se retrouvent là, interrogés durant des heures et des heures ? Rondement mené, ce thriller ne ménage pas le lecteur, et lui fait parfois éprouver de l’empathie pour de véritables montres… Mais s’agit-il vraiment de monstres ? Oui, certains de leurs actes sont monstrueux, mais se définissent-ils uniquement par leurs comportements ? Les personnages se manipulent l’un l’autre en même temps que le lecteur se fait manipuler par cette brillante auteure.

Leurs histoires se répondent en écho tout au long de ces 550 pages, et on ne peut lâcher le roman tant la tension est intense. Évidemment, l’attirance qu’éprouve Richard pour Laëtitia a quelque chose de malsain. Bien entendu, il va beaucoup trop loin et ses agissements sont intolérables. Mais pour autant, à certains moments, j’ai ressenti de l’empathie pour cet homme qui a tout perdu, qui a pété les plombs, par amour pour une femme. Et si au début Laëtitia apparaît comme une oie blanche victime d’un haut gradé qui semble vouloir profiter de sa supériorité, on se rend vite compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Finalement, qui manipule qui ? Bien malin sera celui qui arrivera à dire qui est la victime et qui est le coupable dans cette relation.

Nous allons bien évidemment croiser plusieurs autres personnages au cours de ce roman, mais ce sont essentiellement nos deux narrateurs qui sont mis en avant. Racontant chacun leur histoire à un inspecteur, leur récit prend parfois des allures de confession, et le fait qu’ils se livrent ainsi, sans filtre, apporte un réel plus à l’intrigue.

Je n’ai pas vu passer ces 550 pages tant j’ai été absorbée par ma lecture du premier chapitre à l’épilogue. Et une fois le récit terminé, je suis restée quelques minutes avec le livre dans les mains en me disant : « Waouh ! Quel thriller ! » Je le referme béate d’admiration vis-à-vis du talent de Karine Giebel, qui m’a, avec Ce que tu as fait de moi, mis une grosse claque ! Un thriller que je ne suis pas près d’oublier, avec des personnages qui résonneront longtemps en moi. Soyez sûr qu’il figurera en bonne place dans ma bibliothèque et que j’ai désormais très envie de faire découvrir à mon entourage.

Il y a des secondes cruciales, capables de changer le cours d’une existence.
Le silence, d’abord, celui qui précède la catastrophe et annonce le cauchemar. Le silence, la stupeur… juste avant le déferlement que rien ne peut stopper, la vague qui emporte tout sur son passage.
Un tsunami.

Là où vont nos pères

Là où vont nos pères, Shaun Tan
Éditions Dargaud, 128 pages, 2007

Pourquoi tant d’hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, un endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l’avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l’histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage…

Au début de cette bande dessinée, nous remarquons un père de famille en train de faire sa valise. Il est en effet contraint de quitte femme et enfant pour embarquer sur un grand paquebot et immigrer dans un autre pays. Un endroit où vivent des animaux bizarres, où l’on semble parler une langue que cet homme ne maîtrise pas… Un lieu très onirique que le lecteur va découvrir en même temps que ce monsieur. La particularité de cette bande dessinée ? Elle est totalement vierge du moindre mot.

Une fois cet album refermé, j’avoue que je suis assez désemparée et que je ne sais pas vraiment où va me mener cette chronique. Avant toute chose, j’ai décidé de ne pas attribuer de note à ce roman graphique, tant celui-ci était absolument différent de ce que j’ai l’habitude de lire. Un livre sans mot, qui pourtant en dit beaucoup… Plutôt étrange, non ? C’est cependant ce que j’ai éprouvé au long de ce récit, et encore davantage lorsque je l’ai eu terminé. C’était une expérience totalement inédite pour moi, et je sais qu’elle va me marquer pour longtemps.

Il n’y a pas de discours, mais il y a des visages, des expressions, des situations, des regards… Tout cela en dit finalement autant – si ce n’est plus – qu’une trame narrative accompagnée de phylactères. Nous ressentons le déchirement de cette famille contrainte de se séparer, mais aussi la peur, les difficultés de communication… Le tout est porté par un dessin absolument splendide, criant de vérité à tel point que l’on aurait presque l’impression par moments que l’on est face à des photographies. J’ai apprécié le choix des teintes sépia, qui donne un caractère assez intemporel à l’ensemble.

Cet ouvrage a un côté très visuel. On nous propose une succession d’images qui racontent une histoire, mais à nous de nous imaginer les détails. À nous d’inventer des réponses à toutes les questions que l’on se pose sur cet individu qui part, sur ces migrants sur le paquebot, sur les êtres humains qu’il va rencontrer une fois qu’il aura débarqué sur ce nouveau monde – qu’il s’agisse de la personne qui va lui louer une chambre ou encore de cette personne qui va lui offrir le couvert. Ce dernier, qui semble avoir connu de la guerre, va lui relater son histoire. Et n’oublions pas cet étrange animal qui va devenir son compagnon d’exil.

L’ouvrage est très onirique, poétique… On a parfois l’impression d’être dans un conte, avec un univers imaginaire totalement décalé, quelque peu kafkaïen, qui se transforme tantôt en cauchemar, avec notamment des ombres de dragons aux murs pour mettre la tourmente en exergue. Et ceci laisse encore davantage place à la créativité du lecteur. Est-ce une représentation de notre monde tel que le voit l’auteur, ou est-ce quelque chose d’entièrement fantasmagorique ? D’ailleurs, quelle est la part de personnel dans ce qu’il nous relate ? Sans qu’il ne nous ait jamais posé aucune question, on referme ce livre avec beaucoup d’interrogations en tête.

Alors que Là où vont nos pères est complètement vierge de la moindre lettre, son dessinateur et scénariste nous narre une histoire, nous amène à réfléchir sur l’univers né de son crayon, et nous marque indiscutablement pour longtemps. C’est une œuvre que je conseille à tous de découvrir, pour le fond comme pour la forme…

Tous nos jours parfaits

Tous nos jours parfaits, Jennifer Niven
Éditions Gallimard Jeunesse, 432 pages, 2017

Un matin, sur le toit du lycée, Finch sauve Violet. À moins que ce soit Violet qui sauve Finch ? Instable et excentrique, fasciné par la mort, il s’est toujours senti différent des autres. Violet, de son côté, avait tout pour elle ; mais un drame lui a fait perdre pied et elle s’est isolée, submergée par la culpabilité. Retrouveront-ils, ensemble, le goût de vivre ?

15/20

Lorsqu’il se rend sur un de ses lieux de prédilection, le haut du clocher du lycée, Theodore Finch, surnommé « le fêlé » par la plupart des étudiants, y trouve Violet Markey, une camarade de classe qui semble vouloir mettre fin à ses jours. Il parvient à la faire redescendre, et découvre ce qui la ronge à ce point : alors qu’elle était en voiture avec sa sœur aînée, elles ont eu un accident, et seule Violet a survécu. Elle ne paraît pas réussir à surmonter cette perte. Mais une rumeur naît très vite au sein de l’établissement scolaire : Violet a sauvé la vie de Finch, qui s’apprêtait à se suicider du haut du clocher. Il semble en effet inimaginable que la jeune femme ait voulu commettre l’irréparable, et beaucoup plus logique qu’un acte pareil vienne de Finch, cet adolescent toujours en marge qui a une réelle fascination pour sa propre mort, qui disparaît pour revenir des jours ou des semaines plus tard sans explication, et dont le comportement met mal à l’aise les populaires du lycée, qui ne manquent jamais une occasion de lui rappeler combien il est différent. Finch ne va pas démentir, sans doute pour préserver Violet des ragots. Mais lorsqu’un des professeurs demande un travail en binôme sur les plus beaux lieux de l’Indiana, Finch va plus ou moins obliger Violet à faire équipe avec lui.

La force de ce roman tient à mon sens aux deux personnages principaux, que l’on va suivre tout à tour chapitre après chapitre. Violet est brisée, mais Finch l’est sans doute encore davantage. Dès le début, on se rend compte que celui-ci a des soucis d’ordre psychologique, qui font qu’il pense beaucoup à la fin de son existence et à la façon dont il orchestrera son propre suicide. Finch a de multiples personnalités ; il semble brûler la vie par les deux bouts et souhaiter y mettre un terme. Excepté sur ce dernier point, Violet est plutôt aux antipodes de ce garçon bien mystérieux et quelque peu en marge : elle est très « normale », préfère se fondre dans la masse, est bonne élève, et est très entourée – voire surprotégée – par ses parents. Malgré tout, ils vont se rapprocher autour de ce projet, mais aussi de l’œuvre de Virginia Woolf – auteure à laquelle ils se réfèrent pour exprimer ce qu’ils ressentent lorsque les mots leur manquent. Et à ses côtés, elle va devenir Ultraviolet Re-Markey-able.

Je dois reconnaître que j’ai eu un peu de mal à me plonger dans l’histoire. Pour je ne sais quelle raison, les personnages ne captaient pas mon attention au début du roman. Je pensais avoir en main une énième romance cousue de fil blanc : un garçon triste et une fille triste qui retrouvent ensemble le goût de la vie. Eh bien, ce n’était pas du tout ça ! Ces deux êtres mis en scène sont bien plus profonds que cela. À partir du moment où ils font équipe, ils apprennent à se connaître, et à travers leurs yeux, nous allons les découvrir l’un et l’autre. C’est à compter de cet instant que j’ai commencé à réellement les apprécier et à prendre plaisir à lire ce roman.

Jennifer Niven nous offre ici un récit de grande qualité, qui aborde des thèmes très importants tels que le suicide, le deuil, mais aussi comment surmonter de si terribles épreuves. Finch est un protagoniste vraiment à part. Il est loin de ce que l’on pourrait imaginer quand on fait sa connaissance : il n’est pas le fêlé que la plupart des lycéens croient voir en lui, mais une personne en souffrance. Il va tenter de dépasser celle-ci pour venir en aide à Violet, mais son mal-être va se rappeler à lui. Ensemble, parviendront-ils à être plus fort que l’appel de la mort ? Réussiront-ils à faire taire leurs démons ?

Je pense que Tous nos jours parfaits est un ouvrage à faire lire au plus grand nombre, et en particulier aux adolescents, car cette période de la vie est relativement compliquée. Il insiste l’importance d’avoir quelqu’un à qui se confier. La fin de l’histoire m’a particulièrement étonnée. Je ne m’attendais pas à la tournure que prend le récit, et je l’ai finalement beaucoup apprécié.

Ce n’est pas ta faute. Et pas la peine d’être désolée, c’est une perte de temps. Il faut vivre ta vie en faisant en sorte de ne jamais être désolée. Mieux vaut faire ce qu’il faut dès le départ, pour n’avoir à s’excuser de rien.

Lux # 1

Lux, tome 1 : « Obsidienne », Jennifer L. Armentrout
Éditions J’ai lu, 384 pages, 2014.

Quand Katy déménage dans un coin paumé de Virginie-Occidentale, elle s’attend à tout sauf à rencontrer des voisins de son âge. Déception, Daemon Black a beau être canon et avoir une sœur jumelle adorable, il n’en est pas moins insupportable et arrogant !
Lorsque Kat se rend compte que tout le monde semble fuir la famille Black, elle voit d’un autre œil la froide suffisance de Daemon. Pourra-t-elle encore l’éviter quand tout lui crie de s’en approcher ?

14/20

Quelques années après la mort de son père, Katy et sa mère quittent la Floride pour emménager dans une petite ville de Virginie où les regards semblent converger vers l’habitation de ses voisins. Lycéenne et grande amatrice de livres, elle tient un blog littéraire pour partager sa passion. Quand elle rencontre pour la première fois Daemon, son voisin qui fréquente le même établissement que celui dans lequel elle est inscrite, Katy n’a aucun doute : derrière son apparence de beau gosse se cache un vrai crétin imbu de sa personne. Dee, la sœur de Daemon, est son exact opposé : joviale, souriante, elle se lie immédiatement d’amitié avec Katy, contre l’avis de son frère, qui est persuadé que Katy représente une menace pour eux. Mais pour quelle étrange idée ? Et pourquoi les triplés amis de Dee et Daemon semblent-ils haïr Katy alors qu’ils n’ont jamais échangé avec elle ?

Je dois dire que j’ai beaucoup aimé le personnage de Katy. Tout d’abord, cette jeune femme adore lire et tient un blog… forcément, cela ne pouvait que faire écho en moi. Elle est assez mal à l’aise dans sa nouvelle école, et il faut dire que son voisin ne fait rien pour lui venir en aide. Bien au contraire, plus il peut la pousser dans ses retranchements, et plus il le fait, comme si cela l’amusait. Entre ces deux personnages, c’est une forme d’attraction/répulsion qu’aucun des deux ne saisit vraiment. En effet, Daemon cache un lourd secret, et il doit protéger sa sœur à tout prix. Mais qui Dee et Daemon sont-ils réellement ? Par ailleurs, j’ai trouvé très chouette l’amitié entre Dee et Katy. Elles semblent pouvoir – presque – tout se dire. Elles se comprennent, rient ensemble et se font découvrir des lieux et activités. Très vite, Dee et Daemon vont prendre beaucoup de place dans l’existence de notre blogueuse. J’ai également beaucoup apprécié la relation entre Katy et sa mère : un lien d’amour, mais aussi et surtout de confiance. D’autres protagonistes sont bien évidemment mis en scène, et on assiste à la vie de Katy au lycée, qui va être chamboulée par des événements pour le moins inexplicables…

« Obsidienne », le premier opus de la sage Lux, est un tome introductif. Les enjeux de la saga ne sont manifestement qu’évoqués : on découvre le secret de Daemon et Dee, on se doute de ce qu’il pourrait plus ou moins advenir par la suite, mais il n’y a pas d’énormes retournements de situation incroyables. Pour être tout à fait franche, ce roman m’a beaucoup fait penser à la tétralogie Twilight, bien qu’il ne soit pas ici question de vampires. J’ai trouvé de grosses ressemblances sur diverses scènes, et j’aurais sans aucun doute préféré qu’il en soit autrement. Pour autant, j’ai passé un bon moment à la lecture de ce livre. J’ai aimé le ton de l’auteur, et plus exactement celui de Katy, puisque c’est elle la narratrice. Elle n’a pas sa langue dans sa poche, et c’était à mon sens un sérieux atout pour apporter quelques touches d’humour au récit. J’ai apprécié découvrir les personnages nés de la plume de Jennifer L. Armentrout et l’univers créé. Oui, il n’y a rien de révolutionnaire entre ces pages, mais à la limite, peu importe.

« Obsidienne » est donc un tome introductif plutôt sympathique, bien que pas vraiment surprenant. Je lirai probablement la suite, même si ce n’est pas une de mes envies prioritaires. En effet, je pense que c’est davantage sur les livres suivants que je pourrai juger de la qualité de cette série.

Les cartons s’empilaient dans ma nouvelle chambre et Internet n’était toujours pas opérationnel. Depuis mon arrivée ici, je n’avais pas pu mettre à jour mon blog littéraire. J’avais l’impression d’avoir été amputée d’un membre. À en croire ma mère, je passais beaucoup trop de temps à m’occuper des « Khroniques de Katy ».

Need

Need, Joelle Charbonneau
Éditions Le Livre de Poche, 336 pages, 2020

Les adolescents du lycée de Nottawa se réunissent tous sur NEED, un nouveau réseau social qui leur promet de répondre à leurs besoins sous couvert d’un total anonymat, quels que soient ces besoins… et quelles qu’en soient les conséquences. Car, c’est bien connu, on n’a rien sans rien. Et si au départ la contrepartie semble dérisoire, il y a bientôt des morts dans la petite communauté…

15/20

Imaginez si un réseau social vous permettait d’obtenir ce dont vous aviez besoin sur simple demande. C’est ce que propose Need. Réservé uniquement aux élèves du lycée de Nottawa, ceux-ci s’y inscrivent, et un pseudo rendant leur identité intraçable leur est attribué. Et sous couvert de l’anonymat, des choses horribles vont se passer. En effet, quand on promet à un adolescent ce qu’il désire en échange d’une mission, ce dernier risque de ne pas hésiter à transgresser de nombreuses règles, ou à ne pas réfléchir aux conséquences de ses agissements. Et un acte en entraînant un autre, il se pourrait que Need aille jusqu’à provoquer la mort…

Kaylee est une jeune fille un peu en marge du groupe. Effectivement, son petit frère est malade et a urgemment besoin d’un rein. Sa vie étant en jeu, Kaylee demande à tous ses camarades de classe de se faire tester afin de savoir si une personne compatible se situe parmi eux. Or, leur réaction n’est pas celle escomptée, et ils la regardent désormais en coin pour avoir osé solliciter cela – quand ils ne la traitent pas ouvertement de cinglée ! Par conséquent, seul Nate, son meilleur ami depuis sa plus tendre enfance, est toujours à ses côtés et présent pour la soutenir dans ses démarches. C’est d’ailleurs lui qui va inviter Kaylee à s’inscrire sur le site Need (Nate ayant lui-même découvert ce réseau social grâce à son grand frère). Et bien évidemment, ce dont Kaylee a besoin, c’est d’un rein… Mais comment la personne à la tête de Need, qui certes semble avoir des ressources financières considérables puisqu’elle satisfait la plupart des futiles caprices de ses utilisateurs, serait-elle capable de trouver un organe ? Et quel sera le prix à payer pour Kaylee ?

Need est un ouvrage pour young adult qui aborde des sujets importants, tels que les réseaux sociaux et leurs dangers. En effet, derrière un écran, on peut tout faire et dire sous couvert de l’anonymat, prendre quelqu’un pour cible, et dans l’absolu fomenter les plus horribles projets. Ici, une partie des adolescents paraît perdre la notion de limite, de bien et de mal, tout ça pour avoir le dernier téléphone à la mode ou la console dernier cri. Et lorsqu’ils ont des demandes plus complexes, ils sont pour certains prêts à tout pour les satisfaire, et une vie humaine a dans ces cas parfois bien peu d’importance. Joelle Charbonneau met aussi en scène un geek qui semble croire que l’existence est comme un jeu vidéo, mis à part qu’il n’y a pas de nouvelle chance après un Game Over… Mais se soucie-t-il vraiment d’être game over ?

Les chapitres alternent la narration en s’intéressant à plusieurs protagonistes avec une fluidité qui offre un réel dynamisme au roman. Bien évidemment, le récit est avant tout centré sur le personnage de Kaylee, qui va voir sa vie exploser à la suite de son inscription sur Need, apprenant que ses proches ne sont pas forcément ceux qu’elle pensait ou que sa famille cache un lourd secret. Mais nous allons également suivre Nate, Amanda, Bryan, Sydney et bien d’autres. Ces diverses situations nous offrent différents regards sur le chaos créé par Need. Réactions parfois pour le moins effrayantes, et tantôt pleines d’humanité. L’histoire d’Amanda m’a attristée, et j’ai eu bien souvent froid dans le dos en tournant les pages de ce roman. Malheureusement, j’ai été un peu moins convaincue par la conclusion de l’ouvrage. L’auteure introduit certaines institutions pour expliquer le pourquoi du comment, ce que je n’ai pas trouvé réellement probant, et j’aurais sans doute été plus séduite par un autre choix.

Il me semble que Need est un livre à mettre avant tout entre les mains d’adolescents, mais aussi entre celles du plus grand nombre. Joelle Charbonneau est l’auteure de plusieurs ouvrages, et je compte bien poursuivre ma découverte des récits nés de sa plume.

Puis il tape :
J’ai besoin d’une nouvelle mission. D’une mission dangereuse.
C’est la pure vérité, brute de décoffrage.
Il s’imagine déambuler dans la rue, laissant derrière lui un sillage d’explosions et de chaos.
Entrée.
VOTRE REQUÊTE A ÉTÉ PRISE EN COURS.
Il sourit.