Belphégor

Belphégor, Arthur Bernède
Éditions Libretto, 304 pages, 2019

Un fantôme tue dans Paris… mais pas n’importe où, à l’intérieur même du Louvre !
C’est dans le département des Antiquités orientales que l’on découvre le corps inanimé d’un gardien à côté de la statue renversée du dieu des Moabites nommé Belphégor. L’inspecteur Ménardier prend en charge cette enquête qui s’annonce peu banale. Il s’agace de l’intrépidité d’un jeune journaliste fort ambitieux qui entend résoudre le mystère avant lui…

16/20

Depuis enfant, je connais l’histoire de Belphégor grâce à l’adaptation en téléfilm de Claude Barma dans laquelle joue la célèbre Juliette Gréco. J’adorais le regarder, même si je dois avouer qu’elle me faisait un peu peur. Aujourd’hui adulte, je suis tombée sur ce livre et je n’ai pu m’empêcher de plonger dedans. Sans doute faut-il y voir une petite Madeleine de Proust… Mais je dois reconnaître que le roman de Arthur Bernède est assez loin de ce qui m’était familier.

Un fantôme semble sévir à l’intérieur du Louvre. Il a d’ailleurs déjà tué un des gardiens dans la salle des dieux barbares : Sabarat. Lorsque Jacques Bellegarde, reporter pour le Petit Parisien (notons qu’Arthur Bernède a publié Belphégor dans ce même journal en 1927 sous forme de feuilleton), entend parler de ces faits, il compte bien résoudre ce mystère. En effet, une telle découverte serait parfaite pour sa carrière. Mais la police est déjà sur le coup, et plus particulièrement l’inspecteur Ménardier. Parallèlement à tout cela, Chantecoq, un détective dont la renommée n’est plus à faire, va lui aussi tenter de savoir qui se cache derrière Belphégor…

J’ai beaucoup aimé le personnage de Jaques Bellegarde, qui essaie d’allier vie privée et professionnelle sans jamais renoncer à son but malgré les menaces de Belphégor à son encontre. J’ai également apprécié Colette, fille de Chantecoq, qui suit l’enquête de loin et marche sur les pas de son père, fin limier qui n’a pas son pareil pour débusquer les entourloupes. Simone, l’amoureuse éconduite, aurait pu me toucher si son comportement ne versait pas à ce point dans le pathos. De nombreux autres individus gravitent autour, et tous sont finement maîtrisés et ont des raisons d’agir tel qu’ils le font…

Avec ce livre, nous plongeons pleinement dans le Paris des années 1920. C’est un réel régal de se promener dans ces rues à cette époque, ainsi que dans le très célèbre musée où se situe en partie l’action. Arthur Bernède nous offre ici un roman policier rondement mené. Découpée en quatre parties, elles-mêmes subdivisées en sous-chapitres, cette œuvre nous permet d’assister au déroulement de l’enquête en suivant divers protagonistes, ce qui nous donne la possibilité, à nous, lecteurs, de nous interroger tout au long sur l’identité du coupable. À l’instar de différents personnages, je me suis souvent fait abuser par les indices présents dans le récit. En effet, j’étais très loin de me douter de qui est le meurtrier (pour la petite anecdote, il n’est pas porté à l’écran dans l’adaptation susmentionnée).

Dans Belphégor, l’hémoglobine ne coule pas à flots, aucune scène choquante, mais un roman policier qu’on lit avec plaisir. Il y a du suspense, des individus que l’on apprécie plus ou moins, mais aussi tout un univers spatio-temporel dans lequel on se plonge avec délice. Bien que très différente du feuilleton télévisé non seulement au niveau des personnages que de l’intrigue (le but de Belphégor est ici tout autre), j’ai passé un excellent moment avec l’œuvre originale qui m’a finalement surprise, qui m’a également conquise. C’est un ouvrage qui ravira toutes les générations !

Je vous préviens que si vous continuez de vous occuper de l’affaire du Louvre, je n’hésiterai pas à vous envoyer rejoindre le gardien Sabarath.
BELPHÉGOR

L'Appel du coucou

L’Appel du coucou, Robert Galbraith
Éditions Le Livre de Poche, 696 pages, 2014

Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide. Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike. Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage. Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête. De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

14/20

Lula Landry, célèbre mannequin londonien, est décédée. Son corps a été retrouvé sur un trottoir londonien, devant l’immeuble où elle habite, et il semblerait qu’elle se soit suicidée. Tout du moins, c’est ce que conclut la police. Mais John Bristow, son frère adoptif, pense que sa sœur a été assassinée et que le meurtrier court toujours. Il fait donc appel à Cormoran Strike, un détective privé, qui accepte car il y voit là un intérêt pécuniaire non négligeable, alors que ses finances sont au plus bas.

Cormoran Strike est loin d’être un enquêteur comme les autres. Blessé de guerre (il a perdu une jambe lorsqu’il officiait en Afghanistan), cette vraie armoire est bien à mille lieues du monde des paillettes dans lequel évoluait Lula. Célibataire depuis peu, il dort dans un lit de camp dans son bureau, et se retrouve avec une secrétaire – Robin –, qu’il ne sait même pas comment payer. La demande du frère de Lula est donc une véritable aubaine pour Strike, qui va faire la connaissance de divers protagonistes autour de son investigation, éprouvant un réel souhait de les aider pour certains, et ayant parfois envie de coller des baffes à d’autres. Robin est quant à elle une jeune femme très attachante, qui ressent le désir de participer elle aussi aux recherches – bien que cela dépasse de loin ses fonctions, et déplaît grandement à son petit ami. Là où Strike symbolise une certaine force, Robin est la touche féminine qui permet de débloquer certaines situations.

L’Appel du Coucou, publié par J. K. Rowling sous le pseudo de Robert Galbraith, est un roman policier dans lequel l’auteure nous emmène dans les rues de Londres, des quartiers huppés à d’autres, moins reluisants. Elle prend son temps pour présenter l’avancée de l’enquête pas après pas. Je dois néanmoins reconnaître que cela rend l’action un brin trop lente, et a parfois créé une certaine forme d’ennui. À mon sens, il y a trop de longueurs, ce qui fait que l’on décroche un peu par moments, et que je ne ressentais pas de réelle impatience à poursuivre ma lecture pour en connaître le fin mot.

Robert Galbraith nous propose ici toute une galerie de personnages, allant de la jeune femme adoptée au frère envieux, de l’artiste dévasté par le chagrin d’avoir perdu celle qu’il chérit à la voisine presque hystérique qui argue des faits que personne ne croit, de la mère adoptive malade éprouvant un amour inconditionnel pour sa fille à la mère biologique qui semble très intéressée par la fortune de son enfant, etc. Tous les protagonistes sont traités avec beaucoup de justesse et de détails. Chacun a une personnalité qui lui est propre et des traits de caractère finement travaillés. On ne peut qu’être émus par la fragilité de Lula, que l’on découvre au fur et à mesure de l’enquête, ou encore par la souffrance de sa mère adoptive ayant dû faire face à la mort d’un fils en bas âge.

J’ai donc passé un moment de lecture plutôt agréable avec L’Appel du Coucou, même si certaines longueurs ont quelque peu entaché mon plaisir. Pour autant, j’ai trouvé le dénouement vraiment brillant, et j’étais bien loin de me douter du fin mot de l’histoire. D’ailleurs, j’ai eu du mal à lâcher le livre sur les cinquante dernières pages tant j’étais étonnée de la tournure que prenaient les événements. Je dois reconnaître que j’ai été menée par le bout du nez… et j’ai adoré cela ! Au demeurant, je pense que je lirai à l’occasion Le Ver à soie, car je retrouverai avec plaisir le duo formé par Strike et Robin.

« Tout ce que je veux, Strike, dit Bristow d’une voix rauque, son visage maigre empourpré, c’est la justice ! »
Ce fut comme s’il avait fait vibrer un diapason divin : le mot raisonna dans la pièce minable, éveillant un écho inaudible mais qui atteignit Strike en plein cœur. […] Certes, il avait désespérément besoin d’argent, mais l’avocat venait de lui donner une autre raison, plus noble, de faire taire ses scrupules.