Le bonheur n'a pas de rides

Le bonheur n’a pas de rides, Anne-Gaëlle Huon
Éditions Le Livre de Poche, 352 pages, 2019

Le plan de Paulette, quatre-vingt-cinq ans, semblait parfait : jouer à la vieille bique qui perd la tête et se faire payer par son fils la maison de retraite de ses rêves dans le sud de la France. Manque de chance, elle échoue dans une auberge de campagne, au milieu de nulle part.
La nouvelle pensionnaire n’a qu’une idée en tête : quitter ce trou, le plus vite possible ! Mais c’est compter sans sa nature curieuse et la fascination que les autres résidants, et surtout leurs secrets, ne tardent pas à exercer sur elle. Que contiennent en effet les mystérieuses lettres trouvées dans la chambre de monsieur Georges ? Et qui est l’auteur de l’étrange carnet trouvé dans la bibliothèque ?
Une chose est certaine : Paulette est loin d’imaginer que ces rencontres vont changer sa vie et peut-être, enfin, lui donner un sens.

15/20

Paulette est déterminée à s’installer aux Hauts-de-Gassan pour finir ses jours, une maison de retraite de grand standing dans le Sud de la France. Pour cela, il lui suffit de convaincre Philippe, son fils, qu’elle ne peut plus rester seule. À quatre-vingt-cinq printemps, elle décide donc de mettre en scène une petite mascarade pour laisser penser qu’elle est atteinte de sénilité, et revêt par exemple des bottes de neige et un manteau en plein été, ou simule des absences. Et elle croyait bien parvenir à ses fins… mais c’était sans compter sur Corinne, sa belle-fille qu’elle peine à supporter, et qui persuade Philippe de placer sa mère dans une auberge au milieu de nulle part, en rase campagne, qui propose des locations de chambre longue durée.

J’ai adoré le personnage de Paulette, une vieille femme au caractère fort trempé qui rivalise d’ingéniosité. Une fois arrivée dans cette auberge qu’elle veut quitter au plus vite afin de se rendre dans sa résidence de rêve, elle prétend tout d’abord perdre la tête, et va faire tourner en bourrique M. Yvon, le patron du gîte, mais aussi Nour et Juliette, qui se chargent de la cuisine et du service en salle, ainsi que les différents habitants des lieux, tels que M. Georges ou Marceline. Seul le chat Léon semble échapper à son courroux. Démasquée par l’un d’entre eux, elle va se réfugier dans un mutisme qu’elle ne rompra que pour être désagréable. Mais au fur et à mesure, et le lecteur n’y verra là aucune surprise, elle va s’adoucir et apprendre à connaître et à se lier à ses colocataires. De plus, elle va découvrir que l’un cache des lettres, qu’une autre attend un heureux événement et qu’elle ne sait si elle doit ou non garder cet enfant, que parmi les hôtes se dissimule une mine d’or potentielle, car un des individus est particulièrement doué au tiercé, qu’un autre planque un petit cahier trouvé à la bibliothèque… Et tout ça ne va pas manquer de titiller l’intérêt de Paulette, qui aime manifestement être au courant de tout.

Le bonheur n’a pas de rides est un livre doudou, qui fait traverser de nombreuses émotions, et dont on retrouve les personnages avec plaisir. Il n’y a pas de rebondissements incroyables dans l’intrigue, mais on passe un bon moment et on éprouve différents sentiments, de l’enthousiasme à la tristesse, de la joie à la peur, craignant pour la santé d’unetelle, espérant pour untel, et étant curieux de ce que camouflent les uns et de ce que vont décider les autres. De sincères amitiés se nouent au fil de ces pages, et même plus… Ce récit fait du bien et donne foi en la nature humaine. Il rappelle l’importance de savourer des petits plaisirs simples de la vie, mais également combien il est essentiel de profiter de ses proches.

Quasiment tous les protagonistes de ce livre m’ont touchée à leur façon, et c’est là une grande force de ce roman. Je me suis attachée aussi bien au patron de l’auberge qu’à ses employés, sans oublier les locataires. Je me suis reconnue dans certaines situations, j’ai rêvé face à d’autres. J’aimerais rencontrer pour de vrai un M. Georges et regarder avec lui des comédies romantiques qui se déroulent à New York tout en mangeant des Petits Beurre. J’adorerais faire la connaissance d’une Juliette et lire à ses côtés un cahier intrigant trouvé sur une étagère de bibliothèque. Je voudrais croiser une Paulette, ou encore un M. Yvon…

Je referme donc Le bonheur n’a pas de rides le cœur léger. J’ai vraiment passé un chouette moment avec ce roman tout en douceur, porté par une plume très agréable à lire. À n’en point douter, je lirai Même les méchants rêvent d’amour, autre publication d’Anne-Gaëlle Huon.

Sylviane devait s’être chargée de communiquer à son fils son inquiétude sur la santé mentale de la vieille dame. Paulette avait ainsi préparé chacune des visites de Sylviane avec soin. Tantôt elle rangeait le beurre dans la bibliothèque et les livres dans le frigo, tantôt elle salait son thé et dispersait des pétales de blé dans son bain. […] Il lui semblait qu’elle avait porté le coup de grâce le jour où elle avait étendu ses culottes sur le portail. 

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne…

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne…, Antoine Paje
Éditions Pocket, 144 pages, 2014

Certaines rencontres peuvent-elles changer le cours d’une existence ? Assurément. Une extraordinaire leçon de vie attend Paul Lamarche, Paul qui pense que réussir sa vie, se résume à… réussir. Un Noir américain à la carrure d’athlète rencontré en prison et un puissant homme d’affaires japonais qui parle de cerisiers et de poussières, d’autres encore, lui permettront enfin de comprendre que l’on ne réussit que lorsque l’on se met debout. Paul admettra enfin que les peurs ont mené sa vie jusque-là. On ne peut marcher que lorsqu’on dépasse les craintes qui nous entravent tous et nous empoisonnent. La vie est au bout du chemin. Un roman tour à tour parabole moderne de la découverte de soi, récit d’une amitié profonde et histoire d’amour incandescente.

8/20

Et il nous parla d’étables, de poussières et de montagnes… est un roman mettant en scène Paul Lamarche. Ce dernier travaillait dans une agence de voyages, mais décide du jour au lendemain de monter un business qui lui semble bien plus juteux avec Benoît, son meilleur ami dermatologue : une offre de soins à moindre coût à l’étranger pour faciliter l’accès à certains actes (notamment chirurgicaux). Ils vont donc avoir pour objectif de créer plusieurs partenariats, faire diverses rencontres, et va alors se mettre en place un réel cheminement de pensée pour Paul.

Au cours de l’introduction, je me suis dit que je tenais une petite pépite dans les mains. L’auteur y aborde le thème de la peur de façon imagée, simple, qui parle au plus grand nombre. Il explique qu’il y a plusieurs niveaux d’angoisse, que tout le monde est familier de ce sentiment, et qu’il existe diverses solutions pour s’en affranchir. Je m’imaginai donc que le parcours de Paul allait être centré autour de cela, et que j’allais me régaler tout en apprenant divers trucs et astuces. Malheureusement, quand j’ai fait la connaissance de Paul, j’ai commencé à moins accrocher au récit. Et cela a été de mal en pis au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture. En effet, je n’ai absolument pas eu d’atomes crochus avec ce protagoniste, qui est un individu très carriériste et avide d’argent et de reconnaissance. De plus, j’ai trouvé que ce qui lui arrivait était un peu trop rocambolesque pour être crédible, ou tout du moins trop loin de mes valeurs pour que je m’y retrouve (il est par exemple incarcéré huit jours après que la police le surprend sur un parking avec une femme dans une posture… intime).

Les autres protagonistes mis en scène ne m’ont pas non plus séduite. Il y a tout d’abord Zach, un individu noir qu’il rencontre en prison et qui inquiète sérieusement Paul, son compagnon de cellule, jusqu’à ce qu’ils finissent par briser le silence – et la préoccupation de Paul résidait principalement dans le fait qu’il craignait de se faire violer ou frapper par son codétenu. Il y a également M. Tanaka, un richissime homme d’affaires japonais qui va lui prodiguer quelques leçons de vie. Et n’oublions pas Benoît, dont l’entièreté de sa façon d’appréhender l’existence va changer à compter du jour où il va devenir père, ni Leonor, cette femme croisée pour la première fois au cours d’une balade en forêt. Tout cela m’a semblé trop gros pour être vrai. En revanche, j’ai beaucoup aimé le personnage de Mme Angèle, une des employées de Paul et de Benoît qui a sincèrement le cœur sur la main et qui est prête à agir pour faire bouger les choses.

L’écriture est quant à elle peu fluide, ce qui m’a aussi rebutée. Le texte est peu aéré, ce qui donne un visuel relativement compact. Ainsi, même si le roman est très court (moins de 150 pages), j’ai mis un certain temps à le lire. Je n’avais pas spécialement hâte de me plonger dedans pour retrouver les protagonistes, et je dois reconnaître que je me suis parfois quelque peu ennuyée.

Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus poétique, à l’image de cette couverture. À quelque chose de plus doux, à ce que ce livre soit tel un petit bonbon que l’on déguste. Malheureusement, ce ne fut absolument pas le cas pour moi – mis à part les premières pages, qui m’ont quant à elles conquise. Je regrette que l’auteur n’ait pas continué de distiller de brefs conseils au fur et à mesure de la narration, plutôt que de nous proposer des choses parfois un peu trop moralisatrices pour moi. Mais j’en retiendrai néanmoins que la peur est une fausse amie, qui nous empêche de pleinement nous épanouir, d’être heureux et vraiment dans la vie. Bien évidemment, je le savais déjà, mais une petite piqûre de rappel n’est jamais superflue.

Car, en plus du reste, la peur est très contagieuse. Faire attention, évaluer une situation, un risque, est une démarche saine et logique qui n’a rien à voir avec la peur irrationnelle. La peur est une réponse émotionnelle, en général mauvaise, disproportionnée et sans fondement. La peur finit par nous pousser dans l’autodétestation et dans l’autodestruction. Or comment peut-on vraiment aimer si on ne s’aime pas ? Comment espérer être aimé si on ne s’aime pas ?

Sadie

Sadie, Courtney Summers
Éditions de La Martinière, 336 pages, 2019

Sadie, 19 ans, s’est volatilisée. Pour West McCray, journaliste à New York, il s’agit d’une banale disparition. Mais quand il découvre que sa petite sœur, Mattie, a été tuée un an auparavant et que sa mère a elle aussi disparu, sa curiosité est éveillée. West se lance alors à la recherche de Sadie et les témoignages qu’il recueille vont alimenter sa série de podcasts… Sadie, elle, n’a jamais pensé que son histoire deviendrait le sujet d’une chronique à succès. Elle ne désire qu’une chose : trouver l’homme qui a tué sa sœur. Qui est réellement cet homme ? Comment est-il entré dans la vie de Mattie ? Tandis que Sadie remonte la piste du tueur, West remonte celle de Sadie. Et se dessine, progressivement, la figure d’un homme – d’un monstre ! – qui pourrait bien frapper à nouveau… West retrouvera-t-il Sadie à temps ?

15/20

Sadie a disparu. Mais elle n’est pas la première femme de la famille à avoir déserté la caravane où elle vivait. En effet, voilà plusieurs années, sa mère, une toxicomane qui ramenait chez elles des hommes tous plus discutables les uns que les autres, est partie du jour au lendemain, laissant Sadie s’occuper seule de sa petite sœur Mattie. Puis c’est le corps de Mattie qui a été retrouvé il y a environ un an. Sadie décide de remonter la trace de celui qu’elle est certaine d’être l’assassin de sa sœur afin de la venger.

Ce roman est tout d’abord très original dans sa construction, et c’est entre autres ce qui m’a donné très envie de le découvrir. Il s’agit d’un récit à deux voix… mais le second narrateur est quelque peu particulier. En effet, nous allons suivre l’histoire du point de vue de Sadie, qui va partir à la recherche d’un des hommes qui a partagé la vie de sa mère, mais également à travers West, un journaliste qui a été appelé par une vieille femme habitant dans la caravane à côté de celle de Sadie et Mattie, et qui se considère comme leur grand-mère de cœur. Et c’est ici que résident le point fort et l’originalité du roman, puisque cette partie-là est présentée sous la forme de podcasts qui sont retranscrits. De plus, il y a un léger décalage temporel : la narration de Sadie est un peu plus en avant que les podcasts, ce qui apporte un vrai plus, car le lecteur se situe entre les deux : on en sait moins que Sadie, mais davantage plus que West. Si ce dernier n’était pas vraiment partant au début pour mener cette enquête, il va pleinement s’investir sur le parcours de Sadie, comme si elle était une de ses proches qu’il voulait sauver. Mais réussira-t-il ?

Par ailleurs, la force de l’auteure est qu’elle parvient à distiller son message sans le faire trop crûment. Au fur et à mesure que l’on avance dans le récit, et que les points de vue s’alternent, des indices sont dispersés et l’on découvre toute l’horreur dont il est réellement question. On éprouve alors un dégoût bien naturel et une envie de venir en aide à Sadie, regrettant qu’elle et sa sœur n’aient eu personne à qui se confier qui aurait été capable de les sortir de leur enfer. Certains passages sont d’ailleurs assez difficiles à lire et font froid dans le dos.

Sadie est un personnage particulièrement travaillé. Bègue, son handicap illustre parfaitement la fragilité de cette jeune femme. Déterminée, prête à aller jusqu’au bout de son projet de revanche, elle est avant tout animée par la force du désespoir, et sans doute une puissante colère envers sa mère, qui semble n’avoir jamais su l’aimer ni la protéger. Sadie, encore enfant, a d’ailleurs dû être la mère de sa petite sœur, avec laquelle elle n’a que six ans d’écart. Et désormais, Mattie est morte. Et maintenant que Sadie a tout perdu, que reste-t-il à part la haine et la vengeance ?

Sadie est un livre qui m’a choquée, mais qui m’a aussi beaucoup plu. J’ai été curieuse de connaître l’histoire présente et passée de Sadie au fur et à mesure de son cheminement. On découvre ses failles et ses fragilités, et si au départ elle me semblait trop virulente et violente, avec un côté un presque désagréable, petit à petit, j’ai appris à l’apprécier, et j’ai ressenti une certaine forme d’attendrissement à son égard. Je regrette simplement d’être restée sur ma faim, ayant un évident sentiment d’inachevé en refermant ce roman, car je n’ai pas eu toutes les réponses que j’attendais – j’ai décidément des difficultés à aimer les fins ouvertes, même si ce n’est que partiellement.

Je ne me fais aucune illusion sur le peu qu’il restera de moi une fois que j’aurai accompli cette mission. Mais imaginez ce que c’est que de se lever chaque jour en sachant que l’homme qui a tué votre sœur respire l’air qu’elle ne peut plus respirer, qu’il s’en remplit les poumons, qu’il en savoure la douceur. Imaginez-le capable de toucher de ses pieds la terre sous laquelle elle gît.

The Shining

The Shining, Stephen King
Éditions Anchor Books, 674 pages, 2012

Jack Torrance’s new job at the Overlook Hotel is the perfect chance for a fresh start. As the off-season caretaker at the atmospheric old hotel, he’ll have plenty of time to spend reconnecting with his family and working on his writing. But as the harsh winter weather sets in, the idyllic location feels ever more remote… and more sinister. And the only one to notice the strange and terrible forces gathering around the Overlook is Danny Torrance, a uniquely gifted five-year-old.

15/20

Jack Torrance thought: Officious little prick.

C’est sur ces mots que s’ouvre le roman, dont le début a pour cadre un entretien de recrutement tendu entre Jack Torrance et le détestable Stuart Ullman. Car oui, The Shining frappe fort, et tout de suite.

Il faut dire que c’est un peu la dernière chance pour Jack, car bien qu’intelligent et cultivé, il a un tempérament sanguin et autodestructeur. C’est d’ailleurs ce qui lui a coûté son précédent poste d’enseignant dans une école du Vermont, et qui lui a fait frôler la catastrophe lors d’une beuverie de trop. Sobre depuis peu, il essaye de recoller les morceaux avec sa femme, Wendy, et leur fils de cinq ans, Danny.

Proposé par un ami (et ex-compagnon de débauche), le poste semble simple : assurer le gardiennage d’un luxueux établissement du Colorado, l’Overlook Hotel, pendant la saison creuse de fin d’année. Ullman est réticent à embaucher Jack, et ce dernier est contraint de postuler à cause de sa situation financière. Mais après tout, pourquoi pas ? Les longues soirées d’hiver pourraient être l’occasion pour Jack de reprendre l’écriture de sa pièce de théâtre, et de renforcer la cohésion familiale.

Cependant, une fois sur place, le trio est rapidement confronté à d’étranges manifestations. Globalement réussies, même si certaines sont un peu désuètes, elles suscitent des réactions différentes de la part des personnages. Le jeune Danny est particulièrement perturbé, d’autant plus qu’il possède le don du shining qui le rend extralucide. À l’opposé, Jack est dans le déni, mettant cela sur le compte des épreuves des derniers mois. Au centre, Wendy adopte la posture la plus rationnelle et s’appuie sur son instinct maternel. La paranoïa s’installe progressivement : mais qui a raison ?

L’ambiguïté se lève (un peu vite), mais le malaise persiste. Il se manifeste par les visions cauchemardesques de Danny, victime de sa clairvoyance, ainsi que par des plongées dans l’esprit malade du père de famille. La description de ces états est l’une des grandes forces du roman, et on a aussi parfois accès aux pensées des personnages grâce à un procédé d’écriture bienvenu. Mieux encore, une dualité se met alors en place entre l’apparence des choses et leur essence véritable, conférant plusieurs facettes à l’ensemble. Différentes couches, dont les écrits de Jack, se superposent pour former un tout inextricable, aboutissant à une vérité multiple, mêlant passé, présent et futur.

Ce troisième roman est aussi l’occasion pour l’auteur d’aborder des thèmes qui deviendront récurrents dans ses publications ultérieures. On y trouve l’enfance, avec Danny qui est contraint de grandir trop vite, les addictions, qui renvoient aux propres difficultés qu’a connues King, ainsi que l’écriture. Bien sûr, l’horreur caractéristique de la plupart des romans de King est bien présente, mais The Shining est aussi empreint d’une profonde tristesse. Elle touche cette famille qui n’arrive pas à être heureuse, alors qu’elle possède tout pour l’être, et surtout Jack qui, tel un damné, est prisonnier de sa mémoire généalogique et porte une blessure narcissique. Ce roman n’a pas de tare véritable, si ce n’est un manque de constance dans la tension narrative, qui est un peu en dents de scie. En contrepartie, plusieurs surprises sont disséminées et ajoutent du sel à l’ensemble.

En somme, un bon King.

Once, during the drinking phase, Wendy had accused him of desiring his own destruction but not possessing the necessary moral fiber to support a full-blown deathwish. So he manufactured ways in which other people could do it, lopping a piece at a time off himself and their family. Could it be true? 

L'Appel du coucou

L’Appel du coucou, Robert Galbraith
Éditions Le Livre de Poche, 696 pages, 2014

Lorsque le célèbre mannequin Lula Landry est trouvée morte, défenestrée, dans un quartier chic londonien, l’affaire est vite classée. Suicide. Jusqu’au jour où John Bristow, le frère de la victime, frappe à la porte du détective privé Cormoran Strike. Cet ex-lieutenant de l’armée, revenu d’Afghanistan amputé d’une jambe, est au bout du rouleau : sa carrière de détective est au point mort et sa vie privée, un naufrage. Aidé par une jeune intérimaire finaude, virtuose de l’Internet, il reprend l’enquête. De boîtes de nuit branchées en palaces pour rock stars, Strike va passer de l’autre côté du miroir glamour de la mode et du people pour plonger dans un gouffre de secrets, de trahisons, et de vengeances.

14/20

Lula Landry, célèbre mannequin londonien, est décédée. Son corps a été retrouvé sur un trottoir londonien, devant l’immeuble où elle habite, et il semblerait qu’elle se soit suicidée. Tout du moins, c’est ce que conclut la police. Mais John Bristow, son frère adoptif, pense que sa sœur a été assassinée et que le meurtrier court toujours. Il fait donc appel à Cormoran Strike, un détective privé, qui accepte car il y voit là un intérêt pécuniaire non négligeable, alors que ses finances sont au plus bas.

Cormoran Strike est loin d’être un enquêteur comme les autres. Blessé de guerre (il a perdu une jambe lorsqu’il officiait en Afghanistan), cette vraie armoire est bien à mille lieues du monde des paillettes dans lequel évoluait Lula. Célibataire depuis peu, il dort dans un lit de camp dans son bureau, et se retrouve avec une secrétaire – Robin –, qu’il ne sait même pas comment payer. La demande du frère de Lula est donc une véritable aubaine pour Strike, qui va faire la connaissance de divers protagonistes autour de son investigation, éprouvant un réel souhait de les aider pour certains, et ayant parfois envie de coller des baffes à d’autres. Robin est quant à elle une jeune femme très attachante, qui ressent le désir de participer elle aussi aux recherches – bien que cela dépasse de loin ses fonctions, et déplaît grandement à son petit ami. Là où Strike symbolise une certaine force, Robin est la touche féminine qui permet de débloquer certaines situations.

L’Appel du Coucou, publié par J. K. Rowling sous le pseudo de Robert Galbraith, est un roman policier dans lequel l’auteure nous emmène dans les rues de Londres, des quartiers huppés à d’autres, moins reluisants. Elle prend son temps pour présenter l’avancée de l’enquête pas après pas. Je dois néanmoins reconnaître que cela rend l’action un brin trop lente, et a parfois créé une certaine forme d’ennui. À mon sens, il y a trop de longueurs, ce qui fait que l’on décroche un peu par moments, et que je ne ressentais pas de réelle impatience à poursuivre ma lecture pour en connaître le fin mot.

Robert Galbraith nous propose ici toute une galerie de personnages, allant de la jeune femme adoptée au frère envieux, de l’artiste dévasté par le chagrin d’avoir perdu celle qu’il chérit à la voisine presque hystérique qui argue des faits que personne ne croit, de la mère adoptive malade éprouvant un amour inconditionnel pour sa fille à la mère biologique qui semble très intéressée par la fortune de son enfant, etc. Tous les protagonistes sont traités avec beaucoup de justesse et de détails. Chacun a une personnalité qui lui est propre et des traits de caractère finement travaillés. On ne peut qu’être émus par la fragilité de Lula, que l’on découvre au fur et à mesure de l’enquête, ou encore par la souffrance de sa mère adoptive ayant dû faire face à la mort d’un fils en bas âge.

J’ai donc passé un moment de lecture plutôt agréable avec L’Appel du Coucou, même si certaines longueurs ont quelque peu entaché mon plaisir. Pour autant, j’ai trouvé le dénouement vraiment brillant, et j’étais bien loin de me douter du fin mot de l’histoire. D’ailleurs, j’ai eu du mal à lâcher le livre sur les cinquante dernières pages tant j’étais étonnée de la tournure que prenaient les événements. Je dois reconnaître que j’ai été menée par le bout du nez… et j’ai adoré cela ! Au demeurant, je pense que je lirai à l’occasion Le Ver à soie, car je retrouverai avec plaisir le duo formé par Strike et Robin.

« Tout ce que je veux, Strike, dit Bristow d’une voix rauque, son visage maigre empourpré, c’est la justice ! »
Ce fut comme s’il avait fait vibrer un diapason divin : le mot raisonna dans la pièce minable, éveillant un écho inaudible mais qui atteignit Strike en plein cœur. […] Certes, il avait désespérément besoin d’argent, mais l’avocat venait de lui donner une autre raison, plus noble, de faire taire ses scrupules.

Nez de Cuir

Nez de Cuir, Jean Dufaux & Jacques Terpant
Éditions Futuropolis, 64 pages, 2019

« — Elle est vilaine votre blessure. Faut que j’appelle un médecin. Vous devriez enlever votre masque.
— Quel masque ? Je ne porte pas de masque. Juste une malédiction. »
Le comte Roger de Tainchebraye revenu défiguré de la campagne de 1814 doit cacher son visage derrière un masque de cuir. Profondément marqué, cynique et meurtri, il multiplie les conquêtes. Jusqu’à sa rencontre avec Judith de Rieusses.

16/20

Le début de cette bande dessinée prend place en 1814, alors que les guerres napoléoniennes se terminent, et que nombre de soldats rentrent chez eux blessés. Parmi ceux-ci, il y a le conte Roger de Tainchebraye, qui en revient défiguré, et quasiment miraculé. En effet, son nez a été emporté par un sabre, un autre lui a arraché la joue droite, mais il a aussi reçu plusieurs coups de lance ainsi qu’un tir de pistolet à bout portant.

Grâce aux bons soins d’un médecin qui durèrent un an et au soutien de sa mère, Roger survit à tout cela, mais il semble avoir perdu son âme en même temps que son visage. Cet homme qui aurait donné son existence pour son pays et dont rien n’égalait sa bravoure est contraint de porter un masque en société afin que son apparence mutilée n’effraie pas ses concitoyens. Mais il a surtout changé en profondeur, puisqu’il va désormais mener une vie superficielle, allant d’une chasse à un bal, d’un château à une taverne, attirant les regards et parvenant à séduire les femmes à l’aide de sa verve.

Jean Dufaux nous propose ici une adaptation du roman de Jean de La Varende datant de la fin du XIXe siècle intitulé Nez-de-Cuir, gentilhomme d’amour, qui nous raconte l’histoire de Roger de Tainchebraye, que l’on pourrait penser jouisseur, voire égoïste de premier abord, mais qui en réalité cache une vive douleur. Il nous démontre comme la guerre, même si un soldat en revient, change définitivement un individu. Le conte de Tainchebraye n’est plus capable d’éprouver des sentiments – ou du moins le croit-il – et son quotidien n’a plus réellement de sens, puisqu’il ne semble plus prendre de plaisir dans les choses simples. Et son histoire nous rappelle notamment celle des « gueules cassées » de la Première Guerre mondiale.

L’intrigue est rondement menée, et le lecteur emprunte des chemins qu’il n’avait sans doute même pas imaginés. Ouvrage historique, réflexions sur la guerre, récit d’un homme brisé qui n’est plus tout à fait lui, jouissance de la vie, amour, drame… Nez de Cuir aborde une riche diversité de thèmes qui s’imbriquent parfaitement.

Les dessins sont vraiment très travaillés. Il y a un réel souci des détails de la part de Jacques Terpant, aussi bien s’agissant des paysages que des êtres humains. Les protagonistes sont très expressifs, et nous livrent des informations sur ce qu’ils sont, à l’instar du regard de Roger de Tainchebraye que l’on peut voir sur la couverture. Le duo formé par le scénariste et l’illustrateur nous offre un très bel ouvrage que l’on ne peut qu’apprécier, tant pour l’intrigue que pour l’ambiance véhiculée. Je pense par exemple aux scènes de bals parmi lesquelles on aimerait prendre place, mais aussi aux diverses confrontations entre les personnages particulièrement réussis. Le texte est tout autant soigné que les dessins, ce qui contribue à faire de cette bande dessinée un livre de grande qualité.

Je referme ce livre conquise, et je souhaite à présent découvrir l’œuvre à l’origine de cette adaptation. Par ailleurs, Jean Dufaux et Jacques Terpant sont également à la tête de l’ouvrage Le Chien de dieu… Un roman graphique de plus à ajouter dans ma liste d’envies !