Lux # 1

Lux, tome 1 : « Obsidienne », Jennifer L. Armentrout
Éditions J’ai lu, 384 pages, 2014.

Quand Katy déménage dans un coin paumé de Virginie-Occidentale, elle s’attend à tout sauf à rencontrer des voisins de son âge. Déception, Daemon Black a beau être canon et avoir une sœur jumelle adorable, il n’en est pas moins insupportable et arrogant !
Lorsque Kat se rend compte que tout le monde semble fuir la famille Black, elle voit d’un autre œil la froide suffisance de Daemon. Pourra-t-elle encore l’éviter quand tout lui crie de s’en approcher ?

14/20

Quelques années après la mort de son père, Katy et sa mère quittent la Floride pour emménager dans une petite ville de Virginie où les regards semblent converger vers l’habitation de ses voisins. Lycéenne et grande amatrice de livres, elle tient un blog littéraire pour partager sa passion. Quand elle rencontre pour la première fois Daemon, son voisin qui fréquente le même établissement que celui dans lequel elle est inscrite, Katy n’a aucun doute : derrière son apparence de beau gosse se cache un vrai crétin imbu de sa personne. Dee, la sœur de Daemon, est son exact opposé : joviale, souriante, elle se lie immédiatement d’amitié avec Katy, contre l’avis de son frère, qui est persuadé que Katy représente une menace pour eux. Mais pour quelle étrange idée ? Et pourquoi les triplés amis de Dee et Daemon semblent-ils haïr Katy alors qu’ils n’ont jamais échangé avec elle ?

Je dois dire que j’ai beaucoup aimé le personnage de Katy. Tout d’abord, cette jeune femme adore lire et tient un blog… forcément, cela ne pouvait que faire écho en moi. Elle est assez mal à l’aise dans sa nouvelle école, et il faut dire que son voisin ne fait rien pour lui venir en aide. Bien au contraire, plus il peut la pousser dans ses retranchements, et plus il le fait, comme si cela l’amusait. Entre ces deux personnages, c’est une forme d’attraction/répulsion qu’aucun des deux ne saisit vraiment. En effet, Daemon cache un lourd secret, et il doit protéger sa sœur à tout prix. Mais qui Dee et Daemon sont-ils réellement ? Par ailleurs, j’ai trouvé très chouette l’amitié entre Dee et Katy. Elles semblent pouvoir – presque – tout se dire. Elles se comprennent, rient ensemble et se font découvrir des lieux et activités. Très vite, Dee et Daemon vont prendre beaucoup de place dans l’existence de notre blogueuse. J’ai également beaucoup apprécié la relation entre Katy et sa mère : un lien d’amour, mais aussi et surtout de confiance. D’autres protagonistes sont bien évidemment mis en scène, et on assiste à la vie de Katy au lycée, qui va être chamboulée par des événements pour le moins inexplicables…

« Obsidienne », le premier opus de la sage Lux, est un tome introductif. Les enjeux de la saga ne sont manifestement qu’évoqués : on découvre le secret de Daemon et Dee, on se doute de ce qu’il pourrait plus ou moins advenir par la suite, mais il n’y a pas d’énormes retournements de situation incroyables. Pour être tout à fait franche, ce roman m’a beaucoup fait penser à la tétralogie Twilight, bien qu’il ne soit pas ici question de vampires. J’ai trouvé de grosses ressemblances sur diverses scènes, et j’aurais sans aucun doute préféré qu’il en soit autrement. Pour autant, j’ai passé un bon moment à la lecture de ce livre. J’ai aimé le ton de l’auteur, et plus exactement celui de Katy, puisque c’est elle la narratrice. Elle n’a pas sa langue dans sa poche, et c’était à mon sens un sérieux atout pour apporter quelques touches d’humour au récit. J’ai apprécié découvrir les personnages nés de la plume de Jennifer L. Armentrout et l’univers créé. Oui, il n’y a rien de révolutionnaire entre ces pages, mais à la limite, peu importe.

« Obsidienne » est donc un tome introductif plutôt sympathique, bien que pas vraiment surprenant. Je lirai probablement la suite, même si ce n’est pas une de mes envies prioritaires. En effet, je pense que c’est davantage sur les livres suivants que je pourrai juger de la qualité de cette série.

Les cartons s’empilaient dans ma nouvelle chambre et Internet n’était toujours pas opérationnel. Depuis mon arrivée ici, je n’avais pas pu mettre à jour mon blog littéraire. J’avais l’impression d’avoir été amputée d’un membre. À en croire ma mère, je passais beaucoup trop de temps à m’occuper des « Khroniques de Katy ».

Need

Need, Joelle Charbonneau
Éditions Le Livre de Poche, 336 pages, 2020

Les adolescents du lycée de Nottawa se réunissent tous sur NEED, un nouveau réseau social qui leur promet de répondre à leurs besoins sous couvert d’un total anonymat, quels que soient ces besoins… et quelles qu’en soient les conséquences. Car, c’est bien connu, on n’a rien sans rien. Et si au départ la contrepartie semble dérisoire, il y a bientôt des morts dans la petite communauté…

15/20

Imaginez si un réseau social vous permettait d’obtenir ce dont vous aviez besoin sur simple demande. C’est ce que propose Need. Réservé uniquement aux élèves du lycée de Nottawa, ceux-ci s’y inscrivent, et un pseudo rendant leur identité intraçable leur est attribué. Et sous couvert de l’anonymat, des choses horribles vont se passer. En effet, quand on promet à un adolescent ce qu’il désire en échange d’une mission, ce dernier risque de ne pas hésiter à transgresser de nombreuses règles, ou à ne pas réfléchir aux conséquences de ses agissements. Et un acte en entraînant un autre, il se pourrait que Need aille jusqu’à provoquer la mort…

Kaylee est une jeune fille un peu en marge du groupe. Effectivement, son petit frère est malade et a urgemment besoin d’un rein. Sa vie étant en jeu, Kaylee demande à tous ses camarades de classe de se faire tester afin de savoir si une personne compatible se situe parmi eux. Or, leur réaction n’est pas celle escomptée, et ils la regardent désormais en coin pour avoir osé solliciter cela – quand ils ne la traitent pas ouvertement de cinglée ! Par conséquent, seul Nate, son meilleur ami depuis sa plus tendre enfance, est toujours à ses côtés et présent pour la soutenir dans ses démarches. C’est d’ailleurs lui qui va inviter Kaylee à s’inscrire sur le site Need (Nate ayant lui-même découvert ce réseau social grâce à son grand frère). Et bien évidemment, ce dont Kaylee a besoin, c’est d’un rein… Mais comment la personne à la tête de Need, qui certes semble avoir des ressources financières considérables puisqu’elle satisfait la plupart des futiles caprices de ses utilisateurs, serait-elle capable de trouver un organe ? Et quel sera le prix à payer pour Kaylee ?

Need est un ouvrage pour young adult qui aborde des sujets importants, tels que les réseaux sociaux et leurs dangers. En effet, derrière un écran, on peut tout faire et dire sous couvert de l’anonymat, prendre quelqu’un pour cible, et dans l’absolu fomenter les plus horribles projets. Ici, une partie des adolescents paraît perdre la notion de limite, de bien et de mal, tout ça pour avoir le dernier téléphone à la mode ou la console dernier cri. Et lorsqu’ils ont des demandes plus complexes, ils sont pour certains prêts à tout pour les satisfaire, et une vie humaine a dans ces cas parfois bien peu d’importance. Joelle Charbonneau met aussi en scène un geek qui semble croire que l’existence est comme un jeu vidéo, mis à part qu’il n’y a pas de nouvelle chance après un Game Over… Mais se soucie-t-il vraiment d’être game over ?

Les chapitres alternent la narration en s’intéressant à plusieurs protagonistes avec une fluidité qui offre un réel dynamisme au roman. Bien évidemment, le récit est avant tout centré sur le personnage de Kaylee, qui va voir sa vie exploser à la suite de son inscription sur Need, apprenant que ses proches ne sont pas forcément ceux qu’elle pensait ou que sa famille cache un lourd secret. Mais nous allons également suivre Nate, Amanda, Bryan, Sydney et bien d’autres. Ces diverses situations nous offrent différents regards sur le chaos créé par Need. Réactions parfois pour le moins effrayantes, et tantôt pleines d’humanité. L’histoire d’Amanda m’a attristée, et j’ai eu bien souvent froid dans le dos en tournant les pages de ce roman. Malheureusement, j’ai été un peu moins convaincue par la conclusion de l’ouvrage. L’auteure introduit certaines institutions pour expliquer le pourquoi du comment, ce que je n’ai pas trouvé réellement probant, et j’aurais sans doute été plus séduite par un autre choix.

Il me semble que Need est un livre à mettre avant tout entre les mains d’adolescents, mais aussi entre celles du plus grand nombre. Joelle Charbonneau est l’auteure de plusieurs ouvrages, et je compte bien poursuivre ma découverte des récits nés de sa plume.

Puis il tape :
J’ai besoin d’une nouvelle mission. D’une mission dangereuse.
C’est la pure vérité, brute de décoffrage.
Il s’imagine déambuler dans la rue, laissant derrière lui un sillage d’explosions et de chaos.
Entrée.
VOTRE REQUÊTE A ÉTÉ PRISE EN COURS.
Il sourit.

Les Victorieuses

Les Victorieuses, Laetitia Colombani
Éditions Grasset, 224 pages, 2019

À 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out.
Pour l’aider à reprendre pied, son médecin lui conseille de se tourner vers le bénévolat. Peu convaincue, Solène tombe sur une petite annonce qui éveille sa curiosité : « cherche volontaire pour mission d’écrivain public ». Elle décide d’y répondre.
Envoyée dans un foyer pour femmes en difficulté, elle ne tarde pas à déchanter. Dans le vaste Palais de la Femme, elle a du mal à trouver ses marques. Les résidentes se montrent distantes, méfiantes, insaisissables. À la faveur d’une tasse de thé, d’une lettre à la Reine Elizabeth ou d’un cours de zumba, Solène découvre des personnalités singulières, venues du monde entier. Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va peu à peu gagner sa place, et se révéler étonnamment vivante. Elle va aussi comprendre le sens de sa vocation : l’écriture.
Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Cheffe de l’Armée du Salut en France, elle rêve d’offrir un toit à toutes les exclues de la société. Elle se lance dans un projet fou : leur construire un Palais.

16/20

Avocate depuis de nombreuses années, Solène a vu un ses clients condamnés pour fraude fiscale ; malheureusement, cet homme n’ayant pas supporté le verdict, il est sorti de la salle d’audience et a enjambé le garde-corps, sautant ainsi du sixième étage du palais de justice. En conséquence de ce terrible drame, notre quarantenaire sombre dans une profonde dépression – un burn-out, d’après le psychiatre qui la suit. Elle ne veut plus exercer sa profession… D’ailleurs, elle ne peut plus rien faire du tout. Le simple fait de se lever de son canapé semble mobiliser toutes ses forces. Mais sur les conseils de son médecin, elle va se rendre au Palais de la Femme, un foyer social situé dans Paris, et y proposer ses services en tant qu’écrivain public. Et si, en prêtant ses mots, elle parvenait ainsi à soulager ses maux…

Le personnage de Solène m’a beaucoup touchée. Ne trouvant plus de sens dans son métier, étant séparée depuis peu de celui qu’elle pensait être l’amour de sa vie, Solène semble se noyer dans sa solitude. Mais en pénétrant dans ce palais, et après avoir dans un premier temps voulu prendre ses jambes à son cou, Solène va faire la découverte de femmes toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Il y a par exemple Cynthia, cette femme qui ne s’entend pas avec les Tatas, les habitantes du foyer, sans doute car elle n’a jamais été vraiment aimée par qui que ce soit, et à qui on a retiré la garde de son fils. Il y a également cette femme qui a fui son pays avec sa fille pour protéger cette dernière d’une mutilation obligatoire, laissant son fils là-bas bien malgré elle. Il y a encore Cvetana, une collectionneuse d’autographes, qui compte bien obtenir celui de la reine Elisabeth II.

Parallèlement à cela, nous allons faire la connaissance de Blanche. Au début du XXe siècle, cette femme particulièrement impliquée auprès des plus faibles va grandir les rangs de l’Armée du Salut. Malgré la maladie, et accompagnée dans ses démarches et dans son engagement par son mari, Blanche va tout faire pour venir en aide aux personnes en situation précaire. Et tel un écho lointain, son histoire va finir par rejoindre celle de Solène, pour s’imbriquer dans un lieu qui a traversé les siècles. 

Les Victorieuses est un livre fort, empreint d’un réel message : c’est en voulant sauver les autres que l’on se sauve parfois soi-même. Lætitia Colombani nous montre ici à quel point prodiguer assistance à autrui peut être salutaire. Elle nous offre également une brillante leçon de vie à travers de Solène, qui a manifestement tout (un bel appartement dans Paris, un MacBook dernier cri), mais à qui il manque l’essentiel : avoir un but dans son existence. Et c’est ce qu’elle va comprendre dans ce Palais de la Femme. Nous découvrons un endroit qui a son histoire, notamment par le biais de Blanche. Et j’ai trouvé très intéressant ce lien entre deux personnages que près d’un siècle sépare, et qui ont pourtant le même objectif : venir en aide à leurs semblables. Ce pont entre ces deux périodes offre un encrage encore plus profond au récit, et quasiment une portée universelle, car si l’histoire a ses échos à une autre époque, nul doute qu’elle en a pareillement en différents lieux.

Ce roman de Lætitia Colombani fut une lecture très intense. J’en ressors fortement marquée d’avoir croisé ces femmes qui redonnent foi en l’espèce humaine, et j’espère que notre monde est peuplé de Solène et de Blanche, qui vont parfois jusqu’à faire preuve d’abnégation d’elles-mêmes. Tous les protagonistes rencontrés au cours de cette lecture m’ont touchée, et je ne peux que recommander cette œuvre au plus grand nombre.

Elle n’avait pas saisi jusqu’alors le sens profond de sa mission : écrivain public. Elle le comprend seulement maintenant. Prêter sa plume, prêter sa main, prêter ses mots à ceux qui en ont besoin, tel un passeur qui transmet sans juger.

Le bonheur n'a pas de rides

Le bonheur n’a pas de rides, Anne-Gaëlle Huon
Éditions Le Livre de Poche, 352 pages, 2019

Le plan de Paulette, quatre-vingt-cinq ans, semblait parfait : jouer à la vieille bique qui perd la tête et se faire payer par son fils la maison de retraite de ses rêves dans le sud de la France. Manque de chance, elle échoue dans une auberge de campagne, au milieu de nulle part.
La nouvelle pensionnaire n’a qu’une idée en tête : quitter ce trou, le plus vite possible ! Mais c’est compter sans sa nature curieuse et la fascination que les autres résidants, et surtout leurs secrets, ne tardent pas à exercer sur elle. Que contiennent en effet les mystérieuses lettres trouvées dans la chambre de monsieur Georges ? Et qui est l’auteur de l’étrange carnet trouvé dans la bibliothèque ?
Une chose est certaine : Paulette est loin d’imaginer que ces rencontres vont changer sa vie et peut-être, enfin, lui donner un sens.

15/20

Paulette est déterminée à s’installer aux Hauts-de-Gassan pour finir ses jours, une maison de retraite de grand standing dans le Sud de la France. Pour cela, il lui suffit de convaincre Philippe, son fils, qu’elle ne peut plus rester seule. À quatre-vingt-cinq printemps, elle décide donc de mettre en scène une petite mascarade pour laisser penser qu’elle est atteinte de sénilité, et revêt par exemple des bottes de neige et un manteau en plein été, ou simule des absences. Et elle croyait bien parvenir à ses fins… mais c’était sans compter sur Corinne, sa belle-fille qu’elle peine à supporter, et qui persuade Philippe de placer sa mère dans une auberge au milieu de nulle part, en rase campagne, qui propose des locations de chambre longue durée.

J’ai adoré le personnage de Paulette, une vieille femme au caractère fort trempé qui rivalise d’ingéniosité. Une fois arrivée dans cette auberge qu’elle veut quitter au plus vite afin de se rendre dans sa résidence de rêve, elle prétend tout d’abord perdre la tête, et va faire tourner en bourrique M. Yvon, le patron du gîte, mais aussi Nour et Juliette, qui se chargent de la cuisine et du service en salle, ainsi que les différents habitants des lieux, tels que M. Georges ou Marceline. Seul le chat Léon semble échapper à son courroux. Démasquée par l’un d’entre eux, elle va se réfugier dans un mutisme qu’elle ne rompra que pour être désagréable. Mais au fur et à mesure, et le lecteur n’y verra là aucune surprise, elle va s’adoucir et apprendre à connaître et à se lier à ses colocataires. De plus, elle va découvrir que l’un cache des lettres, qu’une autre attend un heureux événement et qu’elle ne sait si elle doit ou non garder cet enfant, que parmi les hôtes se dissimule une mine d’or potentielle, car un des individus est particulièrement doué au tiercé, qu’un autre planque un petit cahier trouvé à la bibliothèque… Et tout ça ne va pas manquer de titiller l’intérêt de Paulette, qui aime manifestement être au courant de tout.

Le bonheur n’a pas de rides est un livre doudou, qui fait traverser de nombreuses émotions, et dont on retrouve les personnages avec plaisir. Il n’y a pas de rebondissements incroyables dans l’intrigue, mais on passe un bon moment et on éprouve différents sentiments, de l’enthousiasme à la tristesse, de la joie à la peur, craignant pour la santé d’unetelle, espérant pour untel, et étant curieux de ce que camouflent les uns et de ce que vont décider les autres. De sincères amitiés se nouent au fil de ces pages, et même plus… Ce récit fait du bien et donne foi en la nature humaine. Il rappelle l’importance de savourer des petits plaisirs simples de la vie, mais également combien il est essentiel de profiter de ses proches.

Quasiment tous les protagonistes de ce livre m’ont touchée à leur façon, et c’est là une grande force de ce roman. Je me suis attachée aussi bien au patron de l’auberge qu’à ses employés, sans oublier les locataires. Je me suis reconnue dans certaines situations, j’ai rêvé face à d’autres. J’aimerais rencontrer pour de vrai un M. Georges et regarder avec lui des comédies romantiques qui se déroulent à New York tout en mangeant des Petits Beurre. J’adorerais faire la connaissance d’une Juliette et lire à ses côtés un cahier intrigant trouvé sur une étagère de bibliothèque. Je voudrais croiser une Paulette, ou encore un M. Yvon…

Je referme donc Le bonheur n’a pas de rides le cœur léger. J’ai vraiment passé un chouette moment avec ce roman tout en douceur, porté par une plume très agréable à lire. À n’en point douter, je lirai Même les méchants rêvent d’amour, autre publication d’Anne-Gaëlle Huon.

Sylviane devait s’être chargée de communiquer à son fils son inquiétude sur la santé mentale de la vieille dame. Paulette avait ainsi préparé chacune des visites de Sylviane avec soin. Tantôt elle rangeait le beurre dans la bibliothèque et les livres dans le frigo, tantôt elle salait son thé et dispersait des pétales de blé dans son bain. […] Il lui semblait qu’elle avait porté le coup de grâce le jour où elle avait étendu ses culottes sur le portail. 

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne…

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne…, Antoine Paje
Éditions Pocket, 144 pages, 2014

Certaines rencontres peuvent-elles changer le cours d’une existence ? Assurément. Une extraordinaire leçon de vie attend Paul Lamarche, Paul qui pense que réussir sa vie, se résume à… réussir. Un Noir américain à la carrure d’athlète rencontré en prison et un puissant homme d’affaires japonais qui parle de cerisiers et de poussières, d’autres encore, lui permettront enfin de comprendre que l’on ne réussit que lorsque l’on se met debout. Paul admettra enfin que les peurs ont mené sa vie jusque-là. On ne peut marcher que lorsqu’on dépasse les craintes qui nous entravent tous et nous empoisonnent. La vie est au bout du chemin. Un roman tour à tour parabole moderne de la découverte de soi, récit d’une amitié profonde et histoire d’amour incandescente.

8/20

Et il nous parla d’étables, de poussières et de montagnes… est un roman mettant en scène Paul Lamarche. Ce dernier travaillait dans une agence de voyages, mais décide du jour au lendemain de monter un business qui lui semble bien plus juteux avec Benoît, son meilleur ami dermatologue : une offre de soins à moindre coût à l’étranger pour faciliter l’accès à certains actes (notamment chirurgicaux). Ils vont donc avoir pour objectif de créer plusieurs partenariats, faire diverses rencontres, et va alors se mettre en place un réel cheminement de pensée pour Paul.

Au cours de l’introduction, je me suis dit que je tenais une petite pépite dans les mains. L’auteur y aborde le thème de la peur de façon imagée, simple, qui parle au plus grand nombre. Il explique qu’il y a plusieurs niveaux d’angoisse, que tout le monde est familier de ce sentiment, et qu’il existe diverses solutions pour s’en affranchir. Je m’imaginai donc que le parcours de Paul allait être centré autour de cela, et que j’allais me régaler tout en apprenant divers trucs et astuces. Malheureusement, quand j’ai fait la connaissance de Paul, j’ai commencé à moins accrocher au récit. Et cela a été de mal en pis au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture. En effet, je n’ai absolument pas eu d’atomes crochus avec ce protagoniste, qui est un individu très carriériste et avide d’argent et de reconnaissance. De plus, j’ai trouvé que ce qui lui arrivait était un peu trop rocambolesque pour être crédible, ou tout du moins trop loin de mes valeurs pour que je m’y retrouve (il est par exemple incarcéré huit jours après que la police le surprend sur un parking avec une femme dans une posture… intime).

Les autres protagonistes mis en scène ne m’ont pas non plus séduite. Il y a tout d’abord Zach, un individu noir qu’il rencontre en prison et qui inquiète sérieusement Paul, son compagnon de cellule, jusqu’à ce qu’ils finissent par briser le silence – et la préoccupation de Paul résidait principalement dans le fait qu’il craignait de se faire violer ou frapper par son codétenu. Il y a également M. Tanaka, un richissime homme d’affaires japonais qui va lui prodiguer quelques leçons de vie. Et n’oublions pas Benoît, dont l’entièreté de sa façon d’appréhender l’existence va changer à compter du jour où il va devenir père, ni Leonor, cette femme croisée pour la première fois au cours d’une balade en forêt. Tout cela m’a semblé trop gros pour être vrai. En revanche, j’ai beaucoup aimé le personnage de Mme Angèle, une des employées de Paul et de Benoît qui a sincèrement le cœur sur la main et qui est prête à agir pour faire bouger les choses.

L’écriture est quant à elle peu fluide, ce qui m’a aussi rebutée. Le texte est peu aéré, ce qui donne un visuel relativement compact. Ainsi, même si le roman est très court (moins de 150 pages), j’ai mis un certain temps à le lire. Je n’avais pas spécialement hâte de me plonger dedans pour retrouver les protagonistes, et je dois reconnaître que je me suis parfois quelque peu ennuyée.

Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus poétique, à l’image de cette couverture. À quelque chose de plus doux, à ce que ce livre soit tel un petit bonbon que l’on déguste. Malheureusement, ce ne fut absolument pas le cas pour moi – mis à part les premières pages, qui m’ont quant à elles conquise. Je regrette que l’auteur n’ait pas continué de distiller de brefs conseils au fur et à mesure de la narration, plutôt que de nous proposer des choses parfois un peu trop moralisatrices pour moi. Mais j’en retiendrai néanmoins que la peur est une fausse amie, qui nous empêche de pleinement nous épanouir, d’être heureux et vraiment dans la vie. Bien évidemment, je le savais déjà, mais une petite piqûre de rappel n’est jamais superflue.

Car, en plus du reste, la peur est très contagieuse. Faire attention, évaluer une situation, un risque, est une démarche saine et logique qui n’a rien à voir avec la peur irrationnelle. La peur est une réponse émotionnelle, en général mauvaise, disproportionnée et sans fondement. La peur finit par nous pousser dans l’autodétestation et dans l’autodestruction. Or comment peut-on vraiment aimer si on ne s’aime pas ? Comment espérer être aimé si on ne s’aime pas ?

Sadie

Sadie, Courtney Summers
Éditions de La Martinière, 336 pages, 2019

Sadie, 19 ans, s’est volatilisée. Pour West McCray, journaliste à New York, il s’agit d’une banale disparition. Mais quand il découvre que sa petite sœur, Mattie, a été tuée un an auparavant et que sa mère a elle aussi disparu, sa curiosité est éveillée. West se lance alors à la recherche de Sadie et les témoignages qu’il recueille vont alimenter sa série de podcasts… Sadie, elle, n’a jamais pensé que son histoire deviendrait le sujet d’une chronique à succès. Elle ne désire qu’une chose : trouver l’homme qui a tué sa sœur. Qui est réellement cet homme ? Comment est-il entré dans la vie de Mattie ? Tandis que Sadie remonte la piste du tueur, West remonte celle de Sadie. Et se dessine, progressivement, la figure d’un homme – d’un monstre ! – qui pourrait bien frapper à nouveau… West retrouvera-t-il Sadie à temps ?

15/20

Sadie a disparu. Mais elle n’est pas la première femme de la famille à avoir déserté la caravane où elle vivait. En effet, voilà plusieurs années, sa mère, une toxicomane qui ramenait chez elles des hommes tous plus discutables les uns que les autres, est partie du jour au lendemain, laissant Sadie s’occuper seule de sa petite sœur Mattie. Puis c’est le corps de Mattie qui a été retrouvé il y a environ un an. Sadie décide de remonter la trace de celui qu’elle est certaine d’être l’assassin de sa sœur afin de la venger.

Ce roman est tout d’abord très original dans sa construction, et c’est entre autres ce qui m’a donné très envie de le découvrir. Il s’agit d’un récit à deux voix… mais le second narrateur est quelque peu particulier. En effet, nous allons suivre l’histoire du point de vue de Sadie, qui va partir à la recherche d’un des hommes qui a partagé la vie de sa mère, mais également à travers West, un journaliste qui a été appelé par une vieille femme habitant dans la caravane à côté de celle de Sadie et Mattie, et qui se considère comme leur grand-mère de cœur. Et c’est ici que résident le point fort et l’originalité du roman, puisque cette partie-là est présentée sous la forme de podcasts qui sont retranscrits. De plus, il y a un léger décalage temporel : la narration de Sadie est un peu plus en avant que les podcasts, ce qui apporte un vrai plus, car le lecteur se situe entre les deux : on en sait moins que Sadie, mais davantage plus que West. Si ce dernier n’était pas vraiment partant au début pour mener cette enquête, il va pleinement s’investir sur le parcours de Sadie, comme si elle était une de ses proches qu’il voulait sauver. Mais réussira-t-il ?

Par ailleurs, la force de l’auteure est qu’elle parvient à distiller son message sans le faire trop crûment. Au fur et à mesure que l’on avance dans le récit, et que les points de vue s’alternent, des indices sont dispersés et l’on découvre toute l’horreur dont il est réellement question. On éprouve alors un dégoût bien naturel et une envie de venir en aide à Sadie, regrettant qu’elle et sa sœur n’aient eu personne à qui se confier qui aurait été capable de les sortir de leur enfer. Certains passages sont d’ailleurs assez difficiles à lire et font froid dans le dos.

Sadie est un personnage particulièrement travaillé. Bègue, son handicap illustre parfaitement la fragilité de cette jeune femme. Déterminée, prête à aller jusqu’au bout de son projet de revanche, elle est avant tout animée par la force du désespoir, et sans doute une puissante colère envers sa mère, qui semble n’avoir jamais su l’aimer ni la protéger. Sadie, encore enfant, a d’ailleurs dû être la mère de sa petite sœur, avec laquelle elle n’a que six ans d’écart. Et désormais, Mattie est morte. Et maintenant que Sadie a tout perdu, que reste-t-il à part la haine et la vengeance ?

Sadie est un livre qui m’a choquée, mais qui m’a aussi beaucoup plu. J’ai été curieuse de connaître l’histoire présente et passée de Sadie au fur et à mesure de son cheminement. On découvre ses failles et ses fragilités, et si au départ elle me semblait trop virulente et violente, avec un côté un presque désagréable, petit à petit, j’ai appris à l’apprécier, et j’ai ressenti une certaine forme d’attendrissement à son égard. Je regrette simplement d’être restée sur ma faim, ayant un évident sentiment d’inachevé en refermant ce roman, car je n’ai pas eu toutes les réponses que j’attendais – j’ai décidément des difficultés à aimer les fins ouvertes, même si ce n’est que partiellement.

Je ne me fais aucune illusion sur le peu qu’il restera de moi une fois que j’aurai accompli cette mission. Mais imaginez ce que c’est que de se lever chaque jour en sachant que l’homme qui a tué votre sœur respire l’air qu’elle ne peut plus respirer, qu’il s’en remplit les poumons, qu’il en savoure la douceur. Imaginez-le capable de toucher de ses pieds la terre sous laquelle elle gît.

The Shining

The Shining, Stephen King
Éditions Anchor Books, 674 pages, 2012

Jack Torrance’s new job at the Overlook Hotel is the perfect chance for a fresh start. As the off-season caretaker at the atmospheric old hotel, he’ll have plenty of time to spend reconnecting with his family and working on his writing. But as the harsh winter weather sets in, the idyllic location feels ever more remote… and more sinister. And the only one to notice the strange and terrible forces gathering around the Overlook is Danny Torrance, a uniquely gifted five-year-old.

15/20

Jack Torrance thought: Officious little prick.

C’est sur ces mots que s’ouvre le roman, dont le début a pour cadre un entretien de recrutement tendu entre Jack Torrance et le détestable Stuart Ullman. Car oui, The Shining frappe fort, et tout de suite.

Il faut dire que c’est un peu la dernière chance pour Jack, car bien qu’intelligent et cultivé, il a un tempérament sanguin et autodestructeur. C’est d’ailleurs ce qui lui a coûté son précédent poste d’enseignant dans une école du Vermont, et qui lui a fait frôler la catastrophe lors d’une beuverie de trop. Sobre depuis peu, il essaye de recoller les morceaux avec sa femme, Wendy, et leur fils de cinq ans, Danny.

Proposé par un ami (et ex-compagnon de débauche), le poste semble simple : assurer le gardiennage d’un luxueux établissement du Colorado, l’Overlook Hotel, pendant la saison creuse de fin d’année. Ullman est réticent à embaucher Jack, et ce dernier est contraint de postuler à cause de sa situation financière. Mais après tout, pourquoi pas ? Les longues soirées d’hiver pourraient être l’occasion pour Jack de reprendre l’écriture de sa pièce de théâtre, et de renforcer la cohésion familiale.

Cependant, une fois sur place, le trio est rapidement confronté à d’étranges manifestations. Globalement réussies, même si certaines sont un peu désuètes, elles suscitent des réactions différentes de la part des personnages. Le jeune Danny est particulièrement perturbé, d’autant plus qu’il possède le don du shining qui le rend extralucide. À l’opposé, Jack est dans le déni, mettant cela sur le compte des épreuves des derniers mois. Au centre, Wendy adopte la posture la plus rationnelle et s’appuie sur son instinct maternel. La paranoïa s’installe progressivement : mais qui a raison ?

L’ambiguïté se lève (un peu vite), mais le malaise persiste. Il se manifeste par les visions cauchemardesques de Danny, victime de sa clairvoyance, ainsi que par des plongées dans l’esprit malade du père de famille. La description de ces états est l’une des grandes forces du roman, et on a aussi parfois accès aux pensées des personnages grâce à un procédé d’écriture bienvenu. Mieux encore, une dualité se met alors en place entre l’apparence des choses et leur essence véritable, conférant plusieurs facettes à l’ensemble. Différentes couches, dont les écrits de Jack, se superposent pour former un tout inextricable, aboutissant à une vérité multiple, mêlant passé, présent et futur.

Ce troisième roman est aussi l’occasion pour l’auteur d’aborder des thèmes qui deviendront récurrents dans ses publications ultérieures. On y trouve l’enfance, avec Danny qui est contraint de grandir trop vite, les addictions, qui renvoient aux propres difficultés qu’a connues King, ainsi que l’écriture. Bien sûr, l’horreur caractéristique de la plupart des romans de King est bien présente, mais The Shining est aussi empreint d’une profonde tristesse. Elle touche cette famille qui n’arrive pas à être heureuse, alors qu’elle possède tout pour l’être, et surtout Jack qui, tel un damné, est prisonnier de sa mémoire généalogique et porte une blessure narcissique. Ce roman n’a pas de tare véritable, si ce n’est un manque de constance dans la tension narrative, qui est un peu en dents de scie. En contrepartie, plusieurs surprises sont disséminées et ajoutent du sel à l’ensemble.

En somme, un bon King.

Once, during the drinking phase, Wendy had accused him of desiring his own destruction but not possessing the necessary moral fiber to support a full-blown deathwish. So he manufactured ways in which other people could do it, lopping a piece at a time off himself and their family. Could it be true?